Le nord du pays est aux mains des séparatistes touaregs et des islamistes - Les Maliens se préparent au pire

Des Maliens ont fait la file hier, à Bamako, pour retirer de l’argent de la banque au cas où la situation s’envenimerait davantage.
Photo: Agence Reuters Luc Gnago Des Maliens ont fait la file hier, à Bamako, pour retirer de l’argent de la banque au cas où la situation s’envenimerait davantage.

Bamako — Les Maliens faisaient hier des réserves d'essence et d'argent en liquide au lendemain de l'annonce par les pays voisins de sanctions économiques et diplomatiques destinées à contraindre la junte militaire à rendre le pouvoir aux civils.

Ces sanctions entrent en vigueur alors que, dans le nord du pays, les séparatistes touaregs et les islamistes, qui se sont emparés ce week-end de Kidal, Gao et Tombouctou, les trois principales villes de la région, tenteraient d'y imposer la loi islamique. À la demande de la France, la situation sera examinée aujourd'hui au Conseil de sécurité des Nations unies.

Les États membres de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont convenu lundi de fermer leurs frontières avec le Mali et de geler ses fonds à la Banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) pour contraindre les auteurs du putsch du 22 mars à rétablir l'ordre constitutionnel. Ils envisagent en outre d'activer la force militaire de l'organisation.

Pour sa part, l'Union africaine (UA), qui a approuvé la constitution de la force de la CEDEAO, a également imposé des sanctions aux putschistes de Bamako.

L'UA a décidé «de frapper, avec effet immédiat, d'une interdiction de voyager et d'un gel des comptes le chef de la junte militaire [le capitaine Amadou Sanogo], ainsi que toutes les entités qui contribuent à empêcher le retour à l'ordre constitutionnel au Mali», a dit Ramtane Lamamra, commissaire de l'UA pour la paix et la sécurité, à l'issue d'une réunion à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne.

La Côte d'Ivoire d'où provient l'essentiel du carburant consommé au Mali, a été l'un des premiers pays voisins à fermer ses frontières hier.

D'autres se sont montrés moins rapides. Au Burkina Faso, les autorités assurent prendre les mesures préalables à la fermeture de la frontière, tandis qu'en Mauritanie et au Sénégal, on dit attendre les ordres.

Des files

Des files d'attente se sont formées devant les stations-service et les banques de Bamako. «Je suis là pour retirer l'argent de ma bourse d'études. À cause des sanctions, tout le monde se précipite pour retirer de l'argent parce que c'est sûr qu'il n'y en aura pas assez», a expliqué un étudiant de 25 ans.

Les putschistes du comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État (CNRDRE), emmenés par le capitaine Sanogo, ont pris acte de ces sanctions et se sont à nouveau engagés à remettre le pouvoir aux civils, sans toutefois avancer de date.

«Le CNRDRE tient à réaffirmer que la priorité numéro un, pour le moment, est l'intégrité territoriale du Mali», ont-ils ajouté dans un communiqué lu lundi soir à la télévision nationale.

Le nord

Les militaires disent s'être emparés du pouvoir pour mettre fin à l'incurie face à la rébellion touarègue du Nord, mais les séparatistes du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) ont profité de la confusion pour engranger de nouveaux succès militaires.

À Tombouctou, des habitants rapportent que les islamistes de l'organisation Ansar Dine, qui se sont associés aux rebelles du MNLA, ont annoncé leur intention d'instaurer la charia.

À Gao, des extrémistes ont mis à sac des bars et des hôtels servant de l'alcool, selon des témoins. À Kidal, un habitant a déclaré que la musique avait été interdite sur les ondes et que les vêtements à l'occidentale avaient été bannis.

Vivres, carburant et médicaments commencent à manquer à Gao. La région souffre déjà de pénuries en raison du déficit pluviométrique de l'an dernier et des combats qui ont repris à la mi-janvier.

D'après un habitant, la ville est sous la coupe d'Ansar Dine et du MNLA. Des rebelles pillent les entrepôts d'organisations humanitaires, dont ceux du Programme alimentaire mondial (PAM) et d'Oxfam.

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