La junte au pouvoir est sanctionnée - L'Afrique de l'Ouest décrète un embargo contre le Mali

Un Malien lisait les journaux hier, à Bamako, pour suivre les derniers développements de la crise politique.
Photo: Agence Reuters Luc Gnago Un Malien lisait les journaux hier, à Bamako, pour suivre les derniers développements de la crise politique.

Dakar — Les chefs d'État d'Afrique de l'Ouest, réunis hier à Dakar, ont décidé d'imposer immédiatement des sanctions diplomatiques, commerciales et financières au Mali, où des officiers putschistes se sont emparés du pouvoir le 22 mars, a annoncé hier à Dakar le président ivoirien, Alassane Ouattara.

Les sanctions seront celles précédemment annoncées et qui comprennent la fermeture des frontières terrestres de ce pays enclavé, a précisé Alassane Ouattara, qui préside actuellement l'organisation régionale, la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) .

L'organisation a décidé «de la mise en place immédiate» de sa force militaire «d'attente». Pour cela, les 12 chefs d'État présents ont «demandé au comité des chefs d'état-major de se réunir dès cette semaine à Abidjan pour voir les modalités d'activation de cette force», a déclaré M. Ouattara. Préventivement, la CEDEAO avait déjà mis en état d'alerte en fin de semaine dernière une force militaire de quelque 2000 hommes.

L'organisation a également décidé d'un embargo total contre la junte au pouvoir à Bamako, en application des menaces annoncées lors d'un précédent sommet sur la crise malienne le 29 mars à Abdijan.

«Toutes les mesures diplomatiques, économiques, financières et autres sont applicables dès aujourd'hui [lundi] et ne seront levées que quand l'ordre constitutionnel [sera] effectivement rétabli», a déclaré M. Ouattara., soulignant: «Nous avons demandé que l'embargo soit total par rapport à tous les États voisins du Mali».

Le sommet auquel ont participé une dizaine de chefs d'État ont participé à la rencontre ainsi que des représentants de l'ONU, de la France et des États-Unis.

Acteurs clés du Sahel, la Mauritanie et l'Algérie, qui ne sont pas membres de l'organisation, assistaient à la réunion. M. Ouattara s'est félicité de la présence de ces deux voisins du nord du Mali, laissant entendre que l'embargo s'appliquerait également sur cette zone aux mains de la rébellion et des groupes armés.

Sous pression, la junte a promis dimanche le retour à un pouvoir civil et une transition vers des élections à une date non précisée. Elle a aussi pris «l'engagement solennel» de rétablir immédiatement la Constitution de février 1992, ainsi que les institutions républicaines dissoutes lors du coup d'État.

La rébellion touareg du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) et les autres composantes de la rébellion, groupes islamistes et trafiquants, ont pris coup sur coup depuis vendredi les trois capitales régionales du nord: Kidal, Gao et Tombouctou, sans rencontrer de résistance.

Rien — et surtout pas l'armée malienne en déroute — ne semble pouvoir stopper cette fulgurante offensive, qui suscite beaucoup de craintes parmi les populations.

L'avancée rebelle a été rendue possible à la fois par la désorganisation de l'armée malienne, aggravée par le putsch, mais également par l'armement lourd dont dispose la rébellion et les groupes islamistes, ramené de Libye par des centaines de supplétifs du colonel Mouammar Kadhafi qui ont combattu à ses côtés avant la chute de son régime en août 2011.

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Avec Reuters

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La charia dans le nord du Mali ?

Bamako — Les rebelles islamistes qui ont aidé le week-end dernier les insurgés touaregs à prendre le contrôle de plusieurs villes dans le nord du Mali veulent y imposer la charia, ont rapporté hier des habitants de la région. Ils ont commencé à saccager des bars, à interdire les tenues et la musique occidentales, après une offensive de 72 heures qui a eu raison des forces gouvernementales maliennes dans la région. Les insurgés profitent du chaos qui règne dans le pays à la suite du coup d'État militaire du 22 mars à Bamako. Tombouctou, Gao et Kidal, la troisième ville de la région, seraient touchées. Selon l'ONG Oxfam, plus de 200 000 Maliens ont dû fuir leurs maisons et la moitié a trouvé refuge à l'étranger. (Reuters)

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