Washington répond aux appels de Kiev et élargit son aide

Des militaires ukrainiens tiraient avec un canon automoteur de 155 mm vers les positions russes dans la région du Donbass, mercredi.
Aris Messinis Agence France-Presse Des militaires ukrainiens tiraient avec un canon automoteur de 155 mm vers les positions russes dans la région du Donbass, mercredi.

Le président américain, Joe Biden, a annoncé mercredi l’octroi d’un milliard de dollars d’aide militaire supplémentaire à l’Ukraine, Washington appelant également ses alliés à « intensifier » les livraisons d’armes à Kiev, en difficulté face aux Russes dans le Donbass.

Les États-Unis se sont dans le même temps déclarés « préoccupés par l’alignement de la Chine sur la Russie », demandant à Pékin de cesser de soutenir l’invasion russe de l’Ukraine pour éviter de se placer « du mauvais côté de l’Histoire ».

La nouvelle aide militaire américaine a été annoncée par le président américain lors d’un entretien téléphonique avec son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui a exprimé sa « gratitude pour ce soutien ».

« Les États-Unis ont annoncé un nouveau renforcement de notre défense, une nouvelle tranche d’aide d’un milliard de dollars », a confirmé M. Zelensky dans son message vidéo vespéral. « Il est particulièrement important pour notre défense dans le Donbass », région de l’est de l’Ukraine qui est l’épicentre des attaques russes actuelles.

Le Pentagone a précisé que l’aide comprenait notamment 18 obusiers avec leurs véhicules de transport et 36 000 obus, ainsi que deux lanceurs de missiles antinavires Harpoon, destinés à la défense côtière de l’Ukraine sur la mer Noire.

« L’Ukraine vit un moment charnière sur le champ de bataille », a pour sa part déclaré plus tôt dans la journée le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, lors d’une réunion au siège de l’OTAN, à Bruxelles, des pays du « groupe de contact » créé par les États-Unis pour aider l’Ukraine. « Nous devons donc intensifier notre engagement commun » et « redoubler d’efforts pour qu’elle puisse se défendre », a-t-il ajouté.

Près de 50 ministres de la Défense — dont le ministre ukrainien, Oleksiï Reznikov — ont participé à cette réunion, en marge d’une réunion ministérielle de l’OTAN. Une réunion très attendue par Kiev, qui réclame depuis des semaines des armes lourdes en quantité pour repousser les forces russes dans le bassin du Donbass.

Après cette réunion, le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, a assuré que, dans certains cas, l’Ukraine avait reçu davantage de tanks et de pièces d’artillerie que demandé.

Et les 10 premiers systèmes d’artillerie à longue portée seront « sur le front » dans les prochaines semaines, une fois que de premières troupes ukrainiennes auront reçu une formation pour les utiliser, selon lui. « Si elles utilisent cet armement correctement […], elles devraient être en mesure d’atteindre une quantité importante de cibles, et cela changera le cours des choses », a ajouté le général Milley.

Depuis leur offensive avortée sur Kiev, en mars, les forces russes et séparatistes prorusses, qui contrôlent partiellement cette région industrielle depuis 2014, se sont donné pour objectif d’en prendre le contrôle total.

« L’Ukraine doit obtenir tout ce qui est nécessaire pour remporter la victoire », a répété le président Zelensky dans une téléconférence avec les députés tchèques. Il a réaffirmé que l’invasion de l’Ukraine n’était qu’une première étape pour Moscou, qui entend reprendre ses anciens satellites de l’ère soviétique.

Pékin en appui à Moscou

Face à cet appel occidental à une intensification de l’aide militaire à l’Ukraine, le président russe, Vladimir Poutine, a obtenu mercredi une marque de soutien de son homologue chinois, Xi Jinping.

« La Chine est disposée à poursuivre avec la Russie le soutien mutuel sur les questions de souveraineté, de sécurité, ainsi que sur d’autres questions d’intérêt fondamental et préoccupations majeures », a indiqué M. Xi, cité par l’agence de presse Chine nouvelle, qui n’a lié ces propos à aucun exemple précis comme l’Ukraine ou Taiwan.

Le Kremlin a indiqué de son côté que les deux dirigeants avaient convenu d’« élargir la coopération dans les domaines énergétique, financier, industriel, des transports et autres, en tenant compte de la situation économique mondiale qui s’est compliquée en raison des sanctions illégitimes de l’Occident ». Ils ont aussi discuté du « développement des relations militaires et militaro-techniques », selon la présidence russe, qualifiant l’échange de « chaleureux et amical ».

Cet échange d’amabilités a été très peu apprécié par Washington. « Plus de trois mois après l’invasion brutale par la Russie, la Chine est toujours au côté de la Russie », a lancé un porte-parole de la diplomatie américaine.

« Elle continue de protéger la Russie au sein des organisations internationales, se dérobant à ses responsabilités en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Et elle nie toujours l’existence des atrocités perpétrées par la Russie en Ukraine, suggérant au contraire qu’elles ont été mises en scène », a ajouté ce responsable.

Il a de nouveau mis en garde la Chine contre toute « aide militaire » octroyée à la Russie ou contre tout « soutien systématique pour qu’elle échappe aux sanctions » de l’Occident.

Cet avertissement américain intervient au moment où, face aux sanctions occidentales, le géant russe Gazprom a annoncé une nouvelle baisse d’un tiers du gaz livré à l’Europe par le gazoduc Nord Stream, au lendemain d’une première diminution draconienne.

Bombardements continus

 

Sur le front militaire, les Russes poursuivent leur assaut sur la ville de Severodonetsk et sa voisine Lyssytchansk, deux villes clés du Donbass, et sur d’autres localités de la région, selon Kiev.

Les autorités ukrainiennes ont reconnu ces derniers jours que leurs troupes avaient été chassées du centre-ville de Severodonetsk, et avoué ne plus disposer que de « voies de communication compliquées » avec elles après la destruction de tous les ponts vers Lyssytchansk.

Les forces ukrainiennes sont notamment retranchées dans l’usine chimique Azot, emblématique de cette ville comptant avant la guerre quelque 100 000 habitants, avec plus de 500 civils à l’intérieur, selon le maire de Severodonetsk, Oleksandre Striouk.

Moscou a proposé mardi un « couloir humanitaire » qui permettrait d’évacuer ces civils vers des territoires contrôlés par les Russes, mais Kiev ne l’a pas confirmé. La Russie a accusé mercredi les forces de Kiev d’avoir empêché cette opération.

Le ministère russe de la Défense a affirmé que les forces ukrainiennes avaient « violé le cessez-le-feu à plusieurs reprises » et « utilisé la pause humanitaire pour se redéployer dans des positions [de combat] plus avantageuses ». Il n’était pas possible de vérifier ces affirmations de manière indépendante.

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