Un ancien colonel russe contredit le Kremlin sur une chaîne d’État

«L’armée ukrainienne peut armer un million de personnes. […] Nous devons en tenir compte dans nos calculs stratégiques, car il est clair que la situation va empirer pour nous», a déclaré Mikhail Khodarenok en direct à la télévision russe.
Photo: Capture d'écran «L’armée ukrainienne peut armer un million de personnes. […] Nous devons en tenir compte dans nos calculs stratégiques, car il est clair que la situation va empirer pour nous», a déclaré Mikhail Khodarenok en direct à la télévision russe.

Invité lundi soir sur la chaîne d’État russe Rossiya 1, l’analyste militaire et colonel à la retraite Mikhail Khodarenok a prononcé des mots qui font tache dans la propagande du Kremlin.

« La situation pour nous va de toute évidence empirer […]. Nous sommes dans un isolement géopolitique total, et le monde entier est contre nous […] même si on ne veut pas l’admettre », a-t-il prévenu, alors que l’Ukraine continue de s’armer avec du matériel militaire envoyé par l’Occident.

L’échange télévisé « extraordinaire » a été traduit et partagé par le rédacteur en chef pour la Russie de BBC News sur Twitter.

« L’armée ukrainienne peut armer un million de personnes. […] Nous devons en tenir compte dans nos calculs stratégiques, car il est clair que la situation va empirer pour nous », a déclaré M. Khodarenok durant l’émission 60 minutes, l’une des plus regardées en Russie.

Visiblement agacée par les propos de l’ex-colonel, la présentatrice, Olga Skabeïeva, a avancé que « les soldats [ukrainiens] mobilisés ne doivent pas être très bons [au combat] ». Selon elle, la Russie, qui a engagé des soldats contractuels, dispose de combattants plus « professionnels ».

Or, « le niveau de professionnalisme d’une armée n’est pas déterminé par le recrutement de soldats sous contrat, mais par le niveau d’entraînement des troupes, leur moral et leur disposition à verser du sang pour la patrie », a rétorqué l’analyste. « Et le désir de défendre leur patrie, tel qu’ils le conçoivent en Ukraine, existe bel et bien, et ils sont prêts à se battre jusqu’à… »

Jusqu’à quoi ? Mme Skabeïeva n’a pas laissé l’intervenant terminer sa phrase. Après plusieurs interruptions, elle a conclu l’émission en martelant que la Russie sortira victorieuse : « Nous avons été forcés de le faire [intervenir en Ukraine]. Notre existence même est en jeu. Se rendre n’est pas possible. S’entendre avec ceux qui veulent nous voir disparaître est impossible. Nous devrons aller jusqu’au bout. Nous y arriverons, notre grand pays gagnera. »

L’invité a toutefois pu commenter l’imminente adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN. « La chose la plus importante […] est de ne pas brandir des missiles, pour l’amour du ciel, en direction de la Finlande », a-t-il déclaré, alors que Moscou qualifiait samedi d’« erreur » le choix du pays nordique.

Historique de dissidences

 

Ce n’est pas la première fois que Mikhail Khodarenok s’éloigne de la ligne officielle du Kremlin, qui qualifie son invasion d’« opération militaire spéciale » et a adopté une série de lois criminalisant la dissidence.

Plus de deux semaines avant le début de la guerre, lancée par Vladimir Poutine le 24 février, M. Khodarenok soulignait déjà la puissance des forces armées ukrainiennes et mettait en garde les « aigles triomphants et coucous hâtifs » qui prédisaient une victoire éclair de la Russie.

Plusieurs actes de résistance médiatique sont survenus en Russie au cours des dernières semaines. Dans ce contexte, et si on prend en compte ses propos des dernières semaines allant à l’encontre des positions officielles du Kremlin, la présence de M. Khodarenok à la télévision d’État est surprenante. Il est possible qu’il soit passé entre les mailles du filet, ou alors que la chaîne Rossiya 1 ait cherché à préparer ses auditeurs à des nouvelles négatives. Les Ukrainiens ont, selon Kiev, repris le contrôle d’une partie de la frontière dans la région de Kharkiv.



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