Que faut-il retenir du sommet entre Joe Biden et Xi Jinping?

Il fallait briser très vite l’image de la confrontation qui s’est installée entre les deux puissances. Et c’est ce qu’à fait Xi Jinping, dans les minutes publiques de la rencontre en qualifiant Joe Biden de «vieil ami», ou «lao peng you», en mandarin.
Photo: Alex Wong Getty Images via Agence France-Presse Il fallait briser très vite l’image de la confrontation qui s’est installée entre les deux puissances. Et c’est ce qu’à fait Xi Jinping, dans les minutes publiques de la rencontre en qualifiant Joe Biden de «vieil ami», ou «lao peng you», en mandarin.

La conversation, de plus de trois heures, en vidéoconférence, a été qualifiée par Joe Biden de « sincère et franche ». Lundi soir, le président américain a tenu un « sommet » virtuel avec son homologue chinois, Xi Jinping, dans le contexte où les relations entre la Chine, puissance mondiale en ascension, et les États-Unis, un géant qui se fragilise de l’intérieur, se dégradent.

Une rencontre nécessaire, selon l’entourage du président américain, pour bâtir entre les deux pays une « concurrence responsable » désormais loin des « erreurs de calcul » et des « incompréhensions » qui pourraient déclencher un conflit, qu’il soit « intentionnel ou non ». Autopsie d’une tentative de rapprochement…

Mon « vieil ami »

Il fallait briser très vite l’image d’affrontement qui s’était installée entre les deux puissances sous le gouvernement américain précédent et qui s’est maintenue avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche. Et c’est ce qu’a fait Xi Jinping, dans les minutes publiques de la rencontre, en qualifiant Joe Biden de « vieil ami », « lao peng you » en mandarin.

L’expression n’est pas anodine. Elle puise en effet dans la dialectique du parti communiste chinois en appelant l’ensemble des membres du parti et les fonctionnaires du gouvernement à accorder à un interlocuteur une plus grande considération.

Au début du siècle, c’est avec ces mots que l’ex-président chinois Jiang Zemin avait accueilli l’ex-premier ministre canadien Jean Chrétien, donnant ainsi le signal fort d’une relation plus collaborative avec le Canada et surtout l’assurance d’une écoute sérieuse des institutions chinoises engagées dans cette relation.

Le cas taiwanais

Le « sommet » entre les deux hommes forts ne cherchait pas à tracer des voies communes, mais plutôt à affirmer des positions respectives, et c’est ce qui a été fait sur la situation à Taiwan. L’île démocratique de 23 millions d’habitants est dans la ligne de mire de Pékin, qui, après la main de fer posée sur Hong Kong, aspire à ramener ce territoire, militairement soutenu par Washington, dans son giron.

Dans les dernières semaines, les incursions aériennes chinoises dans le périmètre de Taiwan ont fait monter les tensions. Pour les États-Unis, le statut de l’île n’est pas négociable, et Joe Biden l’a réaffirmé en s’opposant « fermement » à tout ce qui porterait « atteinte à la paix et à la stabilité dans le détroit de Taiwan ».

Une ligne rouge qui en a fait apparaître une autre : Xi Jinping a, pour sa part, mis en garde son interlocuteur contre une « tendance dangereuse » qui prévaut aux États-Unis et qui consiste, selon lui, à « utiliser Taiwan pour contrôler la Chine », ce qui « revient à jouer avec le feu », a-t-il dit.

L’équilibre des forces

« Une guerre improbable, une paix impossible. » Le rapport entre les États-Unis et l’URSS, au temps d’une autre guerre froide, comme défini en 1948 dans Le grand schisme par le politicologue Raymond Aron, convient désormais au duo sino-américain, qui a convenu pendant la rencontre d’ouvrir des discussions « stratégiques » sur le contrôle des armements entre les deux puissances nucléaires.

C’est ce qu’a affirmé mardi le conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden, Jake Sullivan.

Ce dialogue formel sur la question de l’armement devient de plus en plus crucial, le Pentagone ayant publié il y a quelques semaines déjà un rapport sur l’accélération du programme nucléaire chinois. Pékin a également effectué en août un essai de missile hypersonique, ce qui ouvre la porte à des frappes chinoises sur des territoires éloignés de ses proches frontières.

Les droits de la personne

Par politesse, Xi Jinping a dit être « disposé à engager un dialogue sur les questions liées aux droits de la personne ». « Sur la base du respect mutuel », a-t-il précisé. La Maison-Blanche a indiqué avoir fait part à la Chine de ses préoccupations « à propos des pratiques [du pays] dans la région du Xinjiang, au Tibet et à Hong Kong, et des droits de la personne en général ».

Des dizaines d’organisations de défense des minorités accusent en effet Pékin d’avoir organisé une répression systématique à l’encontre d’un million de musulmans ouïgours, au Xinjiang, dans le nord-ouest du pays. Ils seraient jetés dans des « camps de rééducation », ce que réfutent les autorités chinoises. Des rapports concordants sur ces violations nourrissent toutefois des appels au boycottage diplomatique des Jeux olympiques d’hiver de Pékin, qui doivent se tenir en février prochain.

Le président chinois a ouvert la porte au dialogue, mais pas trop, en réitérant sa ligne habituelle sur une question de « droits » qui ne peut servir « de prétexte pour s’ingérer dans les affaires intérieures d’un autre pays », a-t-il précisé.

Tensions commerciales

La timide avancée sur le front commercial réside dans la promesse faite par Xi Jinping de faciliter l’entrée de la communauté d’affaires américaine en Chine, au-delà des restrictions liées à la pandémie. Sans plus.

Rien, toutefois, sur les échanges d’étudiants, de chercheurs, de journalistes, toujours problématiques entre les deux pays.

Joe Biden, pour sa part, n’a pas cherché à sortir de la guerre commerciale qu’a lancée en 2018 son prédécesseur, Donald Trump, et qui impose toujours des droits de douane punitifs sur un grand nombre de produits chinois.

Washington maintient même ces récriminations sur l’accès limité du marché chinois aux entreprises étrangères et sur les subventions versées par Pékin à ses entreprises publiques. Le président américain a même rappelé la nécessité « de protéger les travailleurs américains […] contre les pratiques commerciales et économiques déloyales ». Des mots sans ambiguïté qui confirment que le rapprochement peut être cordial et souriant, mais que la trêve entre les deux pays est encore loin d’être acquise.

Avec l’Agence France-Presse

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