Des bulles de voyage pour aider à la relance du tourisme dans le monde

Selon l’Association du transport aérien international, «la bulle de voyage propose une solution flexible […] adaptée aux circonstances propres à la paire de pays bilatéraux ou au groupement régional».
Photo: Emilio Morenatti Associated Press Selon l’Association du transport aérien international, «la bulle de voyage propose une solution flexible […] adaptée aux circonstances propres à la paire de pays bilatéraux ou au groupement régional».

Les touristes canadiens pourraient-ils bientôt recommencer à voyager sans se plier à des restrictions sanitaires ? Si la pandémie a entraîné une chute draconienne du tourisme international l’an dernier, la situation épidémiologique de quelques pays permet maintenant à ces derniers de redémarrer la machine par l’entremise de « bulles de voyage ».

Le 19 avril, le gouvernement australien le lancement de la « Trans-Tasman bubble », une bulle de voyage permettant aux voyageurs de circuler librement entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande sans devoir effectuer de quarantaine.

Ce genre de corridors aériens entre pays pourrait s’imposer de plus en plus comme mesure de relance touristique selon Dominic Lapointe, titulaire de la Chaire sur les dynamiques touristiques et les relations socioterritoriales de l’UQAM. « Je pense que rapidement, on va se retrouver avec des microbulles qui vont être reliées par des corridors aériens et terrestres. »

Quelles sont les restrictions de voyage dans le monde?

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Le concept n’est par ailleurs pas étranger au Canada : l’été dernier, la « bulle atlantique » permettait aux résidents de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve-et-Labrador de voyager entre les quatre provinces sans observer une quarantaine à l’arrivée. Ces provinces n’ont toujours pas confirmé si l’entente était reconduite cet été.

Selon l’Association du transport aérien international (IATA), « la bulle de voyage propose une solution flexible […] adaptée aux circonstances propres à la paire de pays bilatéraux ou au groupement régional. En raison de cette adaptabilité, l’IATA pense qu’un arrangement de bulle de voyage peut être développé pour la majorité des marchés bilatéraux sur la base des taux d’infection actuels ». Il reste difficile de prédire la façon dont ces bulles pourraient se déployer à l’échelle mondiale dans les prochains temps, note M. Lapointe.

Intérêt des pays touristiques

« Est-ce qu’on va voir de grandes bulles internationales ? Je ne sais pas, mais je suis convaincu que de petites bulles vont se créer, surtout pour les pays qui sont dépendants du tourisme », avance M. Lapointe.

La Grèce, par exemple, a conclu une entente avec Israël en février dernier pour établir une bulle de voyage. À la mi-mai, le pays a également rouvert ses frontières aux touristes d’une vingtaine de pays, dont le Canada et les États-Unis. « La Grèce a été extrêmement dynamique dans l’ouverture du tourisme international. Pourquoi ? Son industrie touristique, c’est [une grande part] de son PIB », explique-t-il.

« Je pense entre autres à l’île de Roatán au Honduras, avec sa propre piste d’atterrissage et quelques resorts, qui est somme toute un univers relativement contrôlé. Ces types de destinations pourront probablement avoir la cote assez rapidement, surtout si elles sont capables d’investir dans une réponse médicale », indique M. Lapointe.

Je suis convaincu que de petites bulles vont se créer, surtout pour les pays qui sont dépendants du tourisme

 

Pour sa part, le titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, Marc-Antoine Vachon, croit que les bulles de voyage sont plutôt de l’histoire ancienne.

« Si ça avait eu lieu, ça aurait dû être le fruit d’une collaboration l’année dernière, un peu comme les provinces de l’Atlantique l’ont fait au plus fort de la crise, c’était là le moment, note-t-il. Je pense que la vaccination a fait ses preuves, le prochain pas, ce sera une ouverture [des frontières] beaucoup plus grande », poursuit-il.

Tentatives bâclées

Quelques pays situés à proximité les uns des autres ont conclu ce genre d’ententes bilatérales l’an dernier, non pas sans connaître plusieurs ratés. Bien que présentées comme une solution temporaire pour la reprise du tourisme international, plusieurs bulles de voyage ont éclaté dès que des hausses de contaminations à la COVID-19 étaient signalées.

La toute première bulle de voyage en Europe a été introduite en mai 2020 entre les États baltes, permettant aux citoyens de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie d’y circuler librement. La Lettonie a cependant restreint les conditions d’entrée applicables aux personnes en provenance d’Estonie quelques mois plus tard, citant l’augmentation du taux d’infection du pays voisin.

Je pense que la vaccination a fait ses preuves, le prochain pas, ce sera une ouverture [des frontières] beaucoup plus grande

En novembre dernier, une entente de bulle a été mise en place entre Singapour et Hong Kong, qui n’enregistraient alors presque plus de nouvelles infections à la COVID-19. La bulle a éclaté avant même que quiconque puisse en profiter, lorsque Hong Kong est entré dans sa troisième vague. La même entente, qui avait été reconduite au 26 mai de cette année, a été suspendue à nouveau compte tenu de l’augmentation récente du nombre de cas communautaires à Singapour.

Devant ce phénomène de bulles de voyage qui n’ont cessé d’éclater, Dominic Lapointe rappelle que la confiance entre les parties sur les mesures sanitaires est primordiale, mais qu’elle est toujours loin d’être établie.



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