L’Arctique, un test pour les relations américano-russes

L’Arctique, vaste territoire aux conditions extrêmes autour du pôle Nord, s’est imposé ces dernières années dans la compétition géopolitique mondiale entre ses huit pays riverains membres du Conseil pour ses ressources naturelles, ses voies de navigation et sa position stratégique.
Photo: Michael Kappeler Pool via Reuters L’Arctique, vaste territoire aux conditions extrêmes autour du pôle Nord, s’est imposé ces dernières années dans la compétition géopolitique mondiale entre ses huit pays riverains membres du Conseil pour ses ressources naturelles, ses voies de navigation et sa position stratégique.

Le chef de la diplomatie des États-Unis entame dimanche une tournée consacrée à l’Arctique, nouvel enjeu des rivalités avec la Chine et première occasion de tester les relations délétères avec la Russie avant un probable sommet entre Joe Biden et Vladimir Poutine en juin.

Antony Blinken a quitté Washington pour Copenhague, où il rencontrera lundi les dirigeants danois, avant d’aller en Islande pour la réunion ministérielle du Conseil de l’Arctique, prévue mercredi et jeudi. À Reykjavik, les projecteurs seront braqués sur son tête-à-tête avec son homologue russe Sergueï Lavrov, première réunion de hautniveau entre les deux puissances à couteaux tirés depuis l’élection du nouveau président américain.

L’Arctique, vaste territoire aux conditions extrêmes autour du pôle Nord, s’est imposé ces dernières années dans la compétition géopolitique mondiale entre ses huit pays riverains membres du Conseil (États-Unis, Russie, Canada, Norvège, Danemark, Suède, Finlande et Islande) pour ses ressources naturelles, ses voies de navigation et sa position stratégique. Il suscite aussi, au grand dam de Washington, la convoitise de la Chine, simple « observateur » au Conseil, mais qui se revendique comme un État « quasi arctique ».

Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont clairement montré leur volonté de se dresser face à « l’agressivité » russo-chinoise. Et l’administration Biden semble vouloir continuer à marquer son territoire.

« Nous ne disons pas non à tous les investissements ou projets chinois, mais nous insistons sur le respect des règles internationales », a mis en garde cette semaine James DeHart, coordonnateur de la diplomatie américaine pour l’Arctique, en notant « l’inquiétude » de Washington face aux visées de Pékin.

Mais Antony Blinken doit avant toute chose tourner la page de deux controverses héritées de l’ère Trump. Le magnat de l’immobilier avait émis en 2019 l’idée d’un rachat américain du Groenland, immense territoire arctique et atout du petit Danemark. S’il veut « approfondir les relations avec le Groenland », le nouveau secrétaire d’État américain va se tenir à l’écart de telles provocations, en rencontrant ses dirigeants d’abord dans la capitale danoise puis lors d’une brève étape dans le territoire autonome.

Son prédécesseur Mike Pompeo avait aussi, plus sérieusement, bousculé la même année la précédente réunion du Conseil de l’Arctique en bloquant pour la première fois la déclaration finale en raison du refus américain de mentionner les changements climatiques. Il avait même semblé y voir une certaine aubaine. « Le recul régulier de la banquise ouvre de nouvelles voies de passage et offre de nouvelles opportunités commerciales » avait-il applaudi. Sur ce point, le message américain a radicalement changé avec l’arrivée du président Biden, qui a fait de la lutte contre le réchauffement une de ses priorités.

Il y aura bien cette fois une déclaration finale, déjà « approuvée par les huit ministres », mais aussi « un plan stratégique » commun pour les dix prochaines années, a annoncé à des journalistes Marcia Bernicat, chargée de l’environnement au département d’État américain. Les dernières études montrent que le réchauffement dans l’Arctique « atteint un rythme non pas deux fois, mais trois fois » supérieur à celui du reste de la planète, a-t-elle martelé.

Washington veut aussi s’appuyer sur ces questions climatiques pour explorer les possibilités de coopération avec Moscou, qui va prendre pour deux ans la présidence du Conseil de l’Arctique.

À voir en vidéo