La stratégie du «zéro COVID-19» a été plus payante que le «vivre avec»

En Nouvelle-Zélande, la vie normale reprend tranquillement son cours. En avril, des touristes passaient leur après-midi dans la ville de Queenstown, sans masque, attablés à des terrasses, après que le pays a été rouvert aux touristes.
Photo: Andrew Leeson Agence France-Presse En Nouvelle-Zélande, la vie normale reprend tranquillement son cours. En avril, des touristes passaient leur après-midi dans la ville de Queenstown, sans masque, attablés à des terrasses, après que le pays a été rouvert aux touristes.

Deux stratégies face à la pandémie pour un bilan : les pays qui ont cherché à éliminer complètement la COVID-19 de leur environnement, comme l’ont fait la Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Japon, l’Islande ou la Corée du Sud, s’en sortent mieux un an plus tard d’un point de vue sanitaire et économique. Ceux-ci ont également porté moins atteinte aux libertés de leurs citoyens que ceux, comme le Canada, qui ont plutôt opté pour le « vivre avec » en imposant des mesures persistantes de confinement et d’atténuation de la pandémie.

C’est ce qui ressort d’une étude menée par des économistes et des chercheurs européens dans plus de 35 pays à travers le monde pour y mesurer les conséquences socio-économiques de la crise sanitaire en cours. Les résultats de leurs travaux viennent d’être publiés dans la revue scientifique The Lancet.

Selon eux, cette approche d’éradication du virus gagnerait d’ailleurs à devenir une source d’inspiration pour d’autres pays afin d’accélérer un retour à la normale, la vaccination seule, actuellement en marche à travers le monde, n’étant pas suffisante pour assurer la sécurité de tous.

« Les pays qui ont choisi de vivre avec le virus vont probablement constituer une menace pour d’autres pays, notamment ceux qui ont moins accès aux vaccins contre la COVID-19 », écrivent les auteurs de cette brève étude en faisant référence à un virus dont les effets sont contrés par la vaccination, mais qui n’empêche pas complètement sa circulation.

« L’incertitude quant au moment, à la durée et à l’importance des confinements va également continuer à étouffer leur croissance économique, ajoutent-ils. Et pendant ce temps, les pays qui ont choisi l’élimination vont revenir à un niveau de vie proche de la normale. Ils peuvent redémarrer leur économie, autoriser les déplacements entre les zones vertes et soutenir d’autres pays dans leurs campagnes de vaccination. »

Tenir la mort à distance

La mathématique de la pandémie a tout pour inciter à un changement de stratégie dans les pays ayant opté pour la cohabitation avec le coronavirus. En matière de bilan humain, les cinq pays où l’endiguement du virus a été rapide au début de la pandémie ont fait l’expérience d’une mortalité 25 fois inférieure à celle des autres pays de l’OCDE qui ont fait le choix du « vivre avec », mesurent-ils.

Des chiffres ? La Corée du Sud et l’Australie ont enregistré 35 décès par million d’habitants. Le bilan est de 5,28 par million en Nouvelle-Zélande et de 81 par millions en Islande. À titre comparatif, le Canada a un taux de mortalité de 651,3 par million d’habitants, ou de 1292,9 morts par million au Québec seulement, soit 470 de moins à peine qu’aux États-Unis, qui a enregistré 1764 morts par million depuis le début la crise. Le Royaume-Uni a été également durement frappé, avec 1920 morts par million.

« Les différences sont importantes, mais elles ne sont pas étonnantes, estime en entrevue l’économiste Bary Pradelski, coauteur de cette recherche, qui travaille au Centre national de la recherche scientifique en France et enseigne l’économie quantitative à l’Université d’Oxford au Royaume-Uni. Oui, le caractère insulaire ou presque insulaire des pays qui ont réussi à faire disparaître le virus est à prendre en compte. Mais il n’y a pas que ça. Dans ces pays, la riposte a été rapide et s’est basée sur la science, alors que dans les autres pays, la gestion de la crise a surtout été politique et visait à suivre l’opinion publique à court terme. »

Pour lui, l’absence d’objectifs clairs d’endiguement du virus, des mesures d’atténuation variables et sans constance, mais également des préoccupations électorales dans plusieurs de ces pays sont, en grande partie, responsables de ces disparités.

Étirer dans le temps

La différence se mesure aussi sur les libertés individuelles avec des restrictions certes plus fortes dans les dix premières semaines de la pandémie dans les pays ayant cherché à faire disparaître le virus, mais qui ont été atténuées rapidement par la suite. « À la fin de 2020, l’indice de privation des libertés était deux fois plus élevé dans les pays ayant fait le choix de vivre avec le virus, précise M. Pradelski. Leurs mesures plus tardives et moins vigoureuses ont forcé l’adoption de contraintes plus longues dans le temps et portant davantage atteinte aux libertés. »

Cet indice est basé sur la mesure de plusieurs paramètres, dont les fermetures des commerces, des espaces culturels, les interdictions de circuler, de se rassembler, l’instauration de couvre-feu…

Sur le plan économique, les cinq pays où l’élimination du virus a été une cible ont retrouvé une croissance de leur PIB équivalant à celle de l’avant-pandémie au début de 2021. L’évolution est toujours négative pour les 32 pays de l’OCDE, dont le Canada, qui ont pris un autre chemin, indique l’étude.

Pour les auteurs de cette recherche, la mise en lumière de ces disparités devrait être prise en compte dans le débat actuel sur la suite des choses, et ce, alors que plusieurs épidémiologistes estiment que la vaccination ne va pas être en mesure seule d’assurer un retour à la normale. « Le déploiement inégal des campagnes à travers le monde, l’immunité limitée dans le temps des vaccins et l’apparition de variants en fait une stratégie risquée pour contrôler la pandémie, estime M. Pradelski. Comme pour la variole, des campagnes de santé publique doivent être maintenues pour éviter de nouvelles vagues », campagnes qui pourraient s’inspirer des approches qui ont été les plus payantes jusqu’à maintenant, selon lui.

« Les conséquences des différentes ripostes gouvernementales face à la COVID-19 vont être durables et s’étendre au-delà de la fin de la pandémie, écrivent les auteurs de l’étude. Les premiers gains économiques et politiques réalisés par les pays qui ont visé l’élimination du virus vont, eux, porter probablement leurs fruits à long terme », concluent-ils.

L’Afrique, en manque de vaccins anti-COVID, risque de faire face à une nouvelle vague

Le bureau régional pour l’Afrique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde jeudi contre le risque d’une nouvelle vague de coronavirus sur le continent à cause de retards croissants dans la vaccination par rapport au reste du monde.

« Du fait du report de livraison des doses de vaccin contre la COVID-19 fabriquées par le Serum Institute of India à l’attention de l’Afrique, ainsi que de la lenteur du déploiement des vaccins et de l’apparition de nouveaux variants, le risque d’une nouvelle vague d’infections resté élevé en Afrique », a alerté dans un communiqué le bureau régional de l’OMS, basé à Brazzaville.

« Désormais, le continent africain ne représente plus que 1 % des doses de vaccin administrées dans le monde, contre 2 % il y a quelques semaines », selon le texte.

Seule environ « la moitié des 37 millions de doses de vaccin contre la COVID-19 reçues en Afrique ont été administrées jusqu’à présent », affirme l’OMS, tout en soulignant que « certains pays africains ont été exemplaires en matière de déploiement de vaccins ».

« Les premières livraisons à 41 pays africains par le canal du COVAX [visant à assurer aux pays pauvres l’accès aux vaccins] ont eu lieu depuis début mars, mais 9 pays ont administré moins d’un quart des doses reçues et 15 pays ont administré moins de la moitié de leurs doses », déplore l’organisation.


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