Soulagement international après le retour américain à l’OMS

Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus
Photo: Christopher Black OMS/AFP Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus

La communauté internationale a poussé un soupir de soulagement jeudi quand Washington, prenant le contre-pied du président sortant Donald Trump, s’est engagé à renouer avec l’OMS et à participer à la réponse internationale à la pandémie.

L’Organisation mondiale de la santé « est à nouveau au complet », a déclaré Ilona Kickbusch, de l’Institut des hautes études internationales et du développement à Genève.

« Tout le monde voulait que les États-Unis reviennent, et le fait d’avoir une administration américaine aussi soucieuse du multilatéralisme est un don offert au monde », a-t-elle ajouté.

Moins de 24 heures après son investiture, le nouveau président américain Joe Biden a marqué d’emblée sa différence avec son prédécesseur — qui a toujours minimisé la pandémie de COVID-19 et qualifié l’OMS de « marionnette » aux mains de la Chine — en faisant intervenir l’immunologue Anthony Fauci lors d’une réunion du conseil exécutif de l’organisation.

Le docteur Fauci est une figure respectée de la lutte contre la pandémie, qui a fait plus de morts aux États-Unis que n’importe où ailleurs dans le monde

Dans son discours, le docteur, mis à l’écart par Donald Trump et désormais conseiller de Joe Biden, a annoncé que les États-Unis, qui étaient le premier bailleur de fonds de l’agence, ont « l’intention de remplir leurs obligations financières envers l’organisation ». Il a également « remercié l’OMS pour son rôle de chef de file dans la réponse de santé publique mondiale à cette pandémie », qui a fait plus de deux millions de morts depuis fin décembre 2019.

Et, a-t-il dit, les États-Unis, pays le plus endeuillé par le nouveau coronavirus en valeur absolue, sont prêts à travailler « en partenariat et de façon solidaire pour soutenir la réponse internationale à la COVID-19 ».

Une déclaration saluée par Jeremy Farrar, directeur de la fondation britannique Wellcome. « Une forte collaboration des États-Unis sur la scène internationale sera essentielle pour mettre fin à cette pandémie le plus rapidement possible », a-t-il dit à l’AFP.

« Un grand jour »

M. Fauci a annoncé que les États-Unis allaient rejoindre le dispositif Covax mis en place par l’OMS pour distribuer des vaccins anti-COVID aux pays défavorisés.

« C’est un grand jour pour l’OMS et un grand jour pour la santé mondiale », lui a répondu le chef de l’OMS. « L’OMS est une famille de nations et nous sommes tous heureux que les États-Unis restent dans la famille », a-t-il ajouté.

Résumant le sentiment général, l’ambassadeur britannique Julian Braithwaite a salué la décision américaine de « rejoindre la famille des nations qui se sont engagées à travailler ensemble » à l’OMS et de soutenir la lutte contre cette pandémie, « le plus grand défi de notre temps ».

Dans un tweet, Moussa Faki Mahamat, qui préside la Commission de l’Union africaine, s’est dit « ravi que le président Biden ait fait du retour des États-Unis à l’OMS l’une de ses premières décisions ».

Plusieurs observateurs ont exprimé l’espoir que ce retour aura des conséquences positives, en particulier sur les maigres finances de l’OMS, plombées par le départ américain. En juillet dernier, Washington, qui avait dénoncé la « mauvaise gestion » par l’OMS de la pandémie et sa complaisance envers la Chine, avait officiellement lancé la procédure de retrait américain de l’institution.

Même si l’équipe de M. Biden maintient certaines des critiques formulées par son prédécesseur, le « changement de ton » attendu devrait conduire à des interactions moins « destructrices », a estimé Mme Kickbusch.

Jagan Chapagain, secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), a espéré lui que le retour américain se traduirait par davantage de « soutien, ressources et expertise » afin de mettre fin à la pandémie.

La question de l’avortement

Au-delà de la crise sanitaire, l’arrivée d’une nouvelle administration à Washington pourrait également apporter une amélioration des services de santé reproductive pour les femmes et les filles du monde entier.

M. Fauci a déclaré jeudi que Joe Biden révoquerait la règle utilisée par son prédécesseur et d’autres administrations républicaines pour interdire aux organisations caritatives étrangères d’utiliser les fonds fédéraux américains pour proposer des services d’avortement.

Si l’euphorie semblait de mise jeudi, Mme Kickbusch a reconnu que les chances d’un changement durable aux États-Unis étaient moins certaines, soulignant que les changements effectués maintenant pourraient être supprimés dès la fin de la présidence Biden.

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