Le «Louise Michel», nouveau coup d’éclat de Banksy pour secourir les migrants

C’est un nouveau coup d’éclat pour cette vedette de l’art urbain politique, célèbre pour ses œuvres aux messages anticapitalistes et provocateurs.
Photo: Santi Palacios Associated Press C’est un nouveau coup d’éclat pour cette vedette de l’art urbain politique, célèbre pour ses œuvres aux messages anticapitalistes et provocateurs.

Dans le plus grand secret, l’artiste urbain engagé Banksy a financé un navire de sauvetage en Méditerranée. Parti d’un port espagnol le 18 août, il a déjà secouru 219 personnes.

Sur un navire humanitaire peint en rose et blanc, une fillette vêtue d’un gilet de sauvetage brandit une bouée en forme de cœur. Le graffiti est une variation de la fameuse Petite Fille au ballon de l’artiste urbain britannique Banksy, qui s’était autodétruite au moment de sa vente aux enchères il y a deux ans.

Le fantôme de l’art urbain a donc encore frappé, cette fois en Méditerranée. Comme à son habitude, c’est dans le plus grand des secrets que Banksy a affrété un navire humanitaire pour secourir des migrants sur la route la plus mortelle du monde, entre la Libye et l’Europe. Baptisé Louise Michel, en hommage à la militante anarchiste et féministe du XIXe siècle, le bateau a quitté le 18 août le port espagnol de Borriana, près de Valence. Après avoir porté secours jeudi à 89 personnes en détresse, dont 14 femmes et 4 enfants, il se trouve actuellement à un peu plus de 50 kilomètres de l’île italienne de Lampedusa, en attente d’un port sûr. « Les survivants sont en sécurité. Après avoir subi la déshydratation, des brûlures [chimiques dues au mélange de carburant et d’eau salée] et des blessures causées par les tortures en Libye, ils ont désormais un moment de répit », peut-on lire sur le compte Twitter du navire, @MVLouiseMichel, créé en juillet. [Vendredi, le sauvetage de 130 autres personnes était annoncé sur ce même compte et l’équipage rapportait un décès à bord du bateau.] Jusqu’à présent, le Sea Watch 4 était le seul bateau humanitaire à sillonner la Méditerranée centrale, où au moins 359 personnes ont perdu la vie depuis le début de l’année.

Un bateau qui se veut « féministe »

Long de 31 mètres, cet ancien bateau de la douane française, naviguant sous pavillon allemand, possède la caractéristique d’être plus petit, mais considérablement plus rapide que les autres navires humanitaires. « Il était évident que ce serait un plus afin d’éviter que les gens qui fuient la Libye par la mer soient interceptés par les soi-disant garde-côtes libyens et ramenés en prison où ils sont torturés, vendus, violés », explique Claire Faggianelli, qui a participé à la préparation du navire. Autre particularité : le bateau se veut « féministe », laissant aux femmes la possibilité d’accéder à des responsabilités « traditionnellement réservées aux hommes », poursuit la militante.

219
C’est le nombre de migrants secourus par le Louise Michel jusqu’ici. L’équipage rapporte toutefois un décès à bord.

L’équipage, composé d’une dizaine de professionnels du sauvetage venus de toute l’Europe, est dirigé par la capitaine Pia Klemp, militante allemande pour les droits de l’homme, poursuivie par la justice italienne qui l’accuse d’avoir favorisé l’immigration illégale. « Nous sauvons et accueillons les réfugiés dans des bateaux de ferraille bondés et inutilisables. Parfois trop tard. Pendant des jours, j’ai navigué dans les eaux internationales avec un petit garçon de 2 ans mort dans le congélateur parce que aucun pays européen ne voulait le sauver quand il était encore temps », avait-elle fustigé après l’immobilisation de son navire, dénonçant l’intimidation des travailleurs humanitaires. Trois ans plus tard, le Louise Michel reprend le flambeau pour « faire respecter le droit maritime et sauver les individus en péril ». « Non seulement pour sauver leur âme – mais la nôtre », écrit l’équipage sur son site Internet.

« Dure à cuire »

L’implication de Banksy dans cette nouvelle mission de sauvetage remonte à septembre 2019, lorsque l’artiste a envoyé un courriel à Pia Klemp, explique le quotidien britannique The Guardian. « Bonjour Pia, j’ai lu ton histoire dans les journaux. Tu as l’air d’une dure à cuire », lui écrit-il. « Je suis un artiste du Royaume-Uni et j’ai fait quelques travaux sur la crise migratoire. Évidemment, je ne peux pas garder l’argent. Pourriez-vous l’utiliser pour acheter un nouveau bateau ? Tenez-moi au courant. Banksy. » Si la capitaine croit d’abord à une blague, l’artiste financera bel et bien le projet, gardé secret jusqu’au premier sauvetage en mer et dont le montant n’a pas été révélé.

C’est un nouveau coup d’éclat pour cette vedette de l’art urbain politique, célèbre pour ses œuvres aux messages anticapitalistes et provocateurs. En 2015, Banksy avait déjà réalisé quatre œuvres en soutien aux migrants de la « jungle » de Calais. Parmi elles, une représentation de Steve Jobs, le créateur d’Apple, portant un baluchon sur son épaule et un vieil ordinateur pour rappeler que le milliardaire est le fils d’un immigré syrien. À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, en 2018, plusieurs œuvres de l’artiste dénonçant la gestion française de la crise migratoire avaient été découvertes sur les murs des rues parisiennes.

L’équipage du Louise Michel a-t-il rencontré le plus célèbre artiste de rue, dont l’anonymat est devenu sa marque de fabrique ? Le mystère reste entier : « Il a financé et peint le bateau, faisant ce qu’il sait faire, et nous nous occupons de ce que nous savons faire : préparer et faire naviguer un bateau de sauvetage », se contente de répondre Claire Faggianelli.

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