Le déconfinement avance en Europe

Le déconfinement de l’Espagne et ses 47 millions d’habitants, enfermés depuis la mi-mars, doit se faire par phases d’ici la fin juin.
Photo: Gabriel Bouys Agence France-Presse Le déconfinement de l’Espagne et ses 47 millions d’habitants, enfermés depuis la mi-mars, doit se faire par phases d’ici la fin juin.

À mesure que le reflux de la pandémie se confirme en Europe, le déconfinement des populations s’y poursuit à des rythmes variés, l’Espagne redécouvrant ce samedi les joies du sport et de la promenade.

À Madrid, de nombreux habitants sont sortis courir, parfois en groupes. « Merci de courir sur les trottoirs », lançait par haut-parleur un policier municipal.

« Après tant de semaines de confinement, j’avais très envie de sortir, courir, voir du monde. Hier j’étais comme un enfant à la veille de Noël », commentait un quadragénaire du quartier de Chueca, levé à l’aube pour aller trottiner. 

« Qu’ils se contaminent ! » 

Mêmes scènes à Barcelone sur le front de mer, et dans d’autres villes du pays, faisant dire à certains inquiets, tel Jose Antonio, retraité de 65 ans : « Si les gens veulent se contaminer, qu’ils se contaminent, mais le résultat, ce sera que dans 15 ou 20 jours, ils nous enfermeront de nouveau ».

Des tranches horaires devront être respectées, pour éviter la surfréquentation des rues et maintenir à distance enfants et personnes âgées. 

Le port du masque sera par ailleurs une « obligation » dans les transports publics dès lundi, a annoncé samedi le chef du gouvernement, Pedro Sanchez. 

Le déconfinement de l’Espagne et de ses 47 millions d’habitants, enfermés depuis la mi-mars, doit se faire par phases d’ici la fin juin. À l’image d’autres pays d’Europe occidentale où, alors que le reflux de la maladie COVID-19 se confirme, les gouvernements imposent des déconfinements progressifs pour éviter une nouvelle vague de contaminations.

La levée des restrictions est bien enclenchée en Allemagne, Autriche, dans les pays scandinaves, qui imposent toujours néanmoins des « mesures barrières » et la distanciation sociale. Les Autrichiens peuvent ainsi se déplacer sans restrictions depuis vendredi.

La France et l’Italie se préparent au début du processus. À Rome, où un rebond du nombre de morts quotidien a été enregistré samedi (474 décès — mais dont 282 sont en fait des décès hors hôpital du mois d’avril non comptabilisés jusqu’à présent), le responsable de la cellule chargée de répondre à la pandémie, Domenico Arcuri, a imploré ses concitoyens de « ne pas baisser la garde », alors que des mesures d’assouplissement doivent commencer à être appliquées lundi. 

« La phase II commence. Nous devons être conscients que ce sera le début d’un défi encore plus grand », a-t-il dit, prévenant les Italiens que « la liberté relative » qu’ils allaient gagner serait remise en cause en cas de redémarrage de la contagion.

En France, où l’on a enregistré 166 décès en 24 heures, soit le chiffre le plus bas depuis plusieurs semaines, le gouvernement a décidé néanmoins de prolonger de deux mois, jusqu’au 24 juillet, l’état d’urgence sanitaire en vigueur depuis le 24 mars, jugeant sa levée « prématurée ». 

En Grande-Bretagne, le pic de la pandémie a été atteint, selon le premier ministre Boris Johnson, qui a promis un plan de déconfinement la semaine prochaine.

Selon le quotidien The Times samedi, une des pistes envisagées serait de demander aux usagers des transports en commun de prendre leur température avant de sortir de chez eux, et d’y rester s’ils ont de la fièvre, un symptôme potentiel de la maladie.

Dans l’immédiat, les passagers de l’Eurostar — le train qui traverse la Manche — vont devoir porter des masques, a indiqué la société.

La pandémie a fait au moins 241 682 morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine, dont plus de 85 % en Europe et aux États-Unis, selon un dernier bilan établi par l’AFP sur la base des chiffres de source officielle admis comme largement sous-évalués.

Cité interdite autorisée 

Les pays les plus touchés en nombre de morts sont les États-Unis avec plus de 65 000 décès, l’Italie (28 710 morts), le Royaume-Uni (28 131 morts), l’Espagne (25 100 morts) et la France (24 760 morts).

La Russie (1222 décès), a enregistré 10 000 nouveaux malades en 24 heures, un record. Environ 2 % des habitants de Moscou, soit plus de 250 000 personnes, sont atteints par la COVID-19, a indiqué le maire de la capitale.

Aux États-Unis, malgré des bilans quotidiens toujours lourds, certains États avancent dans la levée des mesures de restriction. Et le régulateur du médicament (FDA) a autorisé en urgence un antiviral expérimental, le remdesivir, qui d’après lui peut aider au rétablissement des malades.
 

À New York, ville la plus touchée, un hôpital de campagne aménagé dans Central Park pour faire face à l’afflux de malades va fermer.

Pour relancer l’économie, plus de 35 des 50 États américains ont commencé à lever ou sont sur le point de lever leurs strictes mesures de confinement. Les manifestations pour la « réouverture de l’Amérique » se multiplient à travers le pays.

Les Chinois, qui ne rapportent pratiquement plus de cas, ont entamé vendredi leurs premières vraies vacances depuis le début de la crise. La Cité interdite, notamment, a rouvert, quoique de manière plus limitée qu’à l’ordinaire. À Hong Kong, les parcs de la ville ont été envahis à la faveur d’un week-end férié et d’une météo ensoleillée.

Au Brésil, une réplique du président d’extrême droite Jair Bolsonaro — corona-sceptique notoire —, a suscité une énorme polémique. Interrogé mardi sur le fait que le pays venait de dépasser le chiffre de 5000 morts, M. Bolsonaro avait répondu : « Et alors ? ». Depuis, le bilan est passé à plus de 6300 morts.

Quelque 10 000 détenus ont été libérés aux Philippines pour tenter d’enrayer la propagation du virus dans les prisons surpeuplées du pays.

En Inde (1218 décès), l’acteur américain Will Smith et la légende du rock Mick Jagger font partie des vedettes internationales et de Bollywood qui vont participer à un spectacle en ligne dimanche pour soutenir la lutte contre la COVID-19. Le strict confinement imposé le 25 mars à 1,3 milliard d’Indiens, prolongé au moins jusqu’au 17 mai, a plongé dans la détresse des millions de travailleurs de l’important secteur informel, et porté un coup très dur à la troisième économie d’Asie.

 

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