Combien de temps le virus va-t-il continuer de se propager sur la planète?

Le confinement pèse déjà lourd sur le moral de plusieurs, des millions de personnes perdent leur travail, les économies nationales encaissent des chocs majeurs, le cheminement scolaire de cohortes entières d’élèves est sévèrement malmené et surtout, les morts se comptent par dizaines de milliers. Bref, la pandémie actuelle bouleverse profondément la société.

Dans ce contexte, on peut se demander: pendant combien de temps encore faudra-t-il composer avec le virus mortel causant la COVID-19? Pendant combien de temps encore se propagera-t-il sur la planète? Mercredi, l’Organisation mondiale de la santé prévenait que le virus «nous accompagnera encore pendant longtemps» puisque l’épidémie n’en est qu’à ses débuts dans la plupart des pays.

Ce «longtemps» signifie combien de temps? Spécialiste des coronavirus et directeur du Laboratoire de neuro-immunovirologie de l’Institut Armand-Frappier, Pierre Talbot offre une réponse claire: on ne sait pas. «Le virus de la grippe est toujours là et il revient chaque année. Donc, le risque que la COVID-19 devienne un virus saisonnier, qui revient chaque année, est toujours là. Mais nous n’avons pas de boule de cristal pour le prévoir. Chose certaine, il sera là encore pour quelques mois, dans l’attente d’un vaccin, voire quelques années», explique-t-il.

M. Talbot rappelle que l’épidémie de SRAS, en 2002-2003, avait duré environ neuf mois, avant de s’éteindre complètement. Donc, la COVID-19 pourrait théoriquement suivre le même chemin et «disparaître au bout de quelques mois». «C’est le scénario qu’on souhaiterait, mais ce n’est pas certain», précise toutefois le chercheur.

Il faut dire que le virus de la COVID-19 «est très différent de celui du SRAS, en ce qui concerne son ampleur et sa facilité de transmission entre les personnes». Alors que le SRAS avait tué 800 personnes, celui qui fait actuellement des ravages avait déjà provoqué la mort de plus de 186 000 personnes jeudi. Et le nombre de cas confirmés dépasse maintenant les 2,7 millions, répartis dans 185 pays et territoires.

En attente de l’immunité Pour la suite, il faudra voir dans quelle mesure la fameuse «immunité collective» évoquée jeudi par François Legault pourra s’implanter dans nos sociétés. Au-delà de l’idée d’une immunisation qui se construirait au fur et à mesure que des personnes ayant été infectées développent des anticorps, la mise au point d’un vaccin — dont les premiers essais cliniques seront menés en Allemagne et au Royaume-Uni — pourrait prendre de 12 à 18 mois.

Avec un vaccin, l’immunité d’un individu pourrait durer d’«une annnée à plusieurs années», souligne Pierre Talbot. «Si on se base sur ce qu’on sait du coronavirus, l’immunité serait de courte durée.» Il ajoute que «le virus nous surprend souvent, par exemple avec la transmission asymptomatique, qui était inattendue». Il y a donc toujours plusieurs incertitudes à ce sujet.

Le développement d’antiviraux efficaces pourrait aussi contribuer à réduire les risques liés à la circulation du coronavirus, selon Pierre Talbot. Des essais cliniques sont d’ailleurs en cours avec l’Avigan, un antiviral utilisé au Japon dans les cas d'épidémies de grippe contre lesquelles les traitements existants se révèlent inefficaces.

Maintenant que les gouvernements, mais aussi les citoyens, évoquent de plus en plus la mise en place de mesures de déconfinement, «les craintes» sont principalement liées à l’autorisation de telles mesures aux États-Unis. Dans certains États, des manifestations réclamant la fin des mesures de confinement ont d’ailleurs eu lieu au cours des derniers jours. Des élus abondent dans le même sens et le président Donald Trump s’est lui aussi porté à la défense de ceux qui demandent la «libération» de leur État.

Or, «le déconfinement pourrait créer de nouvelles éclosions du virus. On risquerait alors de revenir à la case départ, et donc de connaître une deuxième vague», prévient Pierre Talbot. Une nouvelle vague internationale «est un danger qui nous guette», ajoute-t-il. D’où l’importance, sans cesse répétée, de développer des antiviraux et un vaccin, pour espérer un retour à la vie normale.

Vous avez été nombreux à nous soumettre des questions pour cette infolettre à l’adresse coronavirus@ledevoir.com. Merci beaucoup, et surtout, continuez à le faire.
 

À voir en vidéo