Des confinements prolongés et des bilans sous-estimés

Plus de 1 567 590 cas d’infection ont été officiellement diagnostiqués dans 192 pays et territoires depuis le début de l’épidémie. Parmi ces cas, au moins 316 800 personnes sont aujourd’hui considérées comme guéries.
Photo: John Moore /  Getty Images / AFP Plus de 1 567 590 cas d’infection ont été officiellement diagnostiqués dans 192 pays et territoires depuis le début de l’épidémie. Parmi ces cas, au moins 316 800 personnes sont aujourd’hui considérées comme guéries.

La pandémie provoquée par le nouveau coronavirus a fait au moins 93 706 morts dans le monde, selon le dernier bilan de l’AFP établi en fin d’après-midi jeudi.

La pandémie pèse de plus en plus lourd sur l’économie mondiale. La patronne du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a déclaré jeudi que cette pandémie aura « les pires conséquences économiques depuis la Grande Dépression » de 1929. Au moment où plus de la moitié de l’humanité est placée en quarantaine, des « secteurs entiers » de l’économie sont à l’arrêt, relève l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et un demi-milliard de personnes risquent de sombrer dans la pauvreté, selon l’ONG Oxfam.

Si l’Europe n’intervient pas bientôt, la multiplication de l’argent mafieux qui se trouve déjà en Allemagne, en France, en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique sera incontrôlée

 

Pour faire face à la situation, les ministres européens des Finances sont finalement parvenus jeudi à un accord sur une réponse économique commune face au coronavirus après avoir trouvé un terrain d’entente avec les Pays-Bas qui bloquaient les discussions depuis mardi. « La réunion s’est achevée sous les applaudissements des ministres », a annoncé sur Twitter le porte-parole du président de l’Eurogroupe. Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a, lui, salué un « excellent accord » incluant « 500 milliards d’euros disponibles immédiatement » et « un fonds de relance à venir ».

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316 800 personnes guéries

Plus de 1 567 590 cas d’infection ont été officiellement diagnostiqués dans 192 pays et territoires depuis le début de l’épidémie. Parmi ces cas, au moins 316 800 personnes sont aujourd’hui considérées comme guéries.

L’Italie, qui a recensé son premier décès lié au coronavirus fin février, compte 18 279 morts pour 143 626 cas. 610 décès et 4204 nouveaux cas y ont été annoncés jeudi. 28 470 personnes sont considérées comme guéries par les autorités italiennes.

Après l’Italie, les pays les plus touchés sont les États-Unis avec 16 478 morts pour plus de 460 000 cas, l’Espagne avec 15 238 morts (152 446 cas), la France avec 12 210 morts (117 749 cas), et le Royaume-Uni avec 7978 morts (65 077 cas). La Chine (sans les territoires de Hong Kong et Macao), où l’épidémie a débuté fin décembre, a dénombré au total 81 865 cas (63 nouveaux entre mercredi et jeudi), dont 3335 décès.

En Espagne, le chef du gouvernement, Pedro Sanchez, a appelé jeudi ses compatriotes à ne pas « baisser la garde » en continuant à respecter strictement un confinement qui devrait être encore prolongé. Soumis à un des confinements les plus stricts d’Europe depuis le 14 mars, les près de 47 millions d’Espagnols le seront au moins jusqu’au 25 avril inclus. Une prolongation soumise jeudi au vote de la Chambre des députés. Mais Pedro Sanchez a d’ores et déjà prévenu que cette mesure extraordinaire devrait être encore prolongée.

Défendu par le gouvernement, le bilan de la COVID-19 est sujet à controverse en Espagne où le nombre de morts pourrait être nettement sous-estimé. Les autorités de la région de Madrid, la plus touchée du pays, ont reconnu mercredi que le nombre de décès dus à la COVID-19 dans les maisons de retraite de la région pourrait être cinq fois supérieur au chiffre officiel, qui ne comptabilise pas près de 3500 victimes n’ayant pas fait l’objet de tests.

La mafia s’en mêle

Selon le journaliste expert de la mafia Roberto Saviano, les organisations criminelles en Italie distribuent des produits alimentaires et contribuent à l’octroi de prêts gratuits aux plus démunis pour s’en attirer les bonnes grâces. Les groupes mafieux cherchent aussi à s’approprier des affaires en difficulté, ce pays espérant recevoir des financements européens pour faire face à la crise économique, a ajouté l’auteur du livre Gomorra sur la Camorra, la mafia napolitaine.

« La mafia n’attend que ça, une crise » car les entreprises qui en seront victimes se retrouveront alors avec de nouveaux partenaires ayant des liens avec ces organisations criminelles, a poursuivi Roberto Saviano, parlant à des journalistes. « Si l’Europe n’intervient pas bientôt, la multiplication de l’argent mafieux qui se trouve déjà en Allemagne, en France, en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique sera incontrôlée », a ajouté Roberto Saviano.

Outre la fourniture de nourriture aux plus pauvres, à Naples, la grande ville du sud de l’Italie, les prêteurs sur gages ont annulé les intérêts de leurs dettes sur ordre de la Camorra, a-t-il encore dit. « Dans quel but ? Pour [obtenir] des services » en échange, raconte le journaliste qui vit actuellement à New York et avait eu droit à une protection policière après la sortie de Gomorra en raison des menaces qu’il avait alors reçues.

« En Italie, la mafia attend juste une nouvelle pluie d’argent de Bruxelles », a de son côté averti jeudi le journal allemand Die Welt, mettant en garde contre l’octroi « sans limites » et « sans aucun contrôle » de fonds par l’Europe en liaison avec la crise provoquée par la COVID-19. Des commentaires aussitôt qualifiés par le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, de « honteux » et d'« inacceptables ».