Les failles du logiciel anti-décrochage du Boeing 737 MAX étaient connues dès 2016

L’agence fédérale de l’aviation (FAA) américaine a accusé Boeing vendredi de lui avoir caché ces documents importants liés à la certification de son avion 737 MAX.
Photo: Ted S. Warren Archives Associated Press L’agence fédérale de l’aviation (FAA) américaine a accusé Boeing vendredi de lui avoir caché ces documents importants liés à la certification de son avion 737 MAX.

Un échange entre employés de Boeing datant de 2016 révèle que le système automatique qui devait empêcher le 737 MAX de partir en piqué rendait l’avion difficile à piloter en simulateur, selon un document remis par le constructeur à une commission d’enquête.

Dans cet échange sur messagerie instantanée, Mark Forkner, à l’époque le pilote responsable de mener la certification internationale du MAX, disait à un collègue que le MCAS — le système qui a depuis été mis en cause dans deux accidents qui ont fait 346 morts — « déraille dans le sim [NDLR : le simulateur] ».

« Bon, je t’accorde que je suis nul en pilotage, mais ça, c’était odieux », ajoutait le pilote dans cette conversation avec un collègue, Patrik Gustavsson. Ce dernier a fait remarquer qu’il allait falloir actualiser les instructions dans le manuel de vol.

« En gros, ça veut dire que j’ai menti aux régulateurs [sans le savoir] », répond alors M. Forkner, ce à quoi son collègue rétorque : « Ce n’était pas un mensonge, personne ne nous avait dit que c’était comme ça. »

L’agence fédérale de l’aviation (FAA) américaine a accusé Boeing vendredi de lui avoir caché ces documents importants liés à la certification du 737 MAX.

« Tard hier soir [jeudi], Boeing a alerté le département des Transports de l’existence de messages instantanés entre deux employés de Boeing, discutant de certains éléments de communication avec la FAA lors de la certification initiale du 737 MAX en 2016 », écrit le régulateur dans un courriel.

« Boeing a expliqué au département qu’il avait découvert ces documents il y a plusieurs mois », mais qu’il n’en avait pas fait part à la FAA. « La FAA a trouvé la substance des documents inquiétante », a déclaré vendredi le régulateur, qui se dit « déçu » que Boeing n’ait pas « immédiatement » porté à son attention ces documents dès qu’il en a pris connaissance.

« La FAA est en train d’examiner les informations [contenues dans les documents] pour déterminer quelles mesures appropriées prendre » contre Boeing, assure le régulateur, dont la proximité avec Boeing a été dénoncée de toutes parts depuis les accidents.

Pour montrer qu’elle affirme son indépendance, la FAA a adressé une lettre vendredi à Dennis Muilenburg, le patron de Boeing, le sommant de s’expliquer.

Dans un bref communiqué, Boeing assure simplement qu’il continuera à collaborer à l’enquête menée par une commission de la Chambre des représentants. « Nous allons continuer à suivre les instructions de la FAA et d’autres régulateurs dans le monde, pendant que nous travaillons à faire revoler le 737 MAX en toute sécurité. »

L’annonce de la FAA survient une dizaine de jours après le dépôt d’une poursuite de l’Association des pilotes de Soutwest Airlines contre Boeing lui reprochant d’avoir induit les pilotes et la compagnie en erreur. La poursuite a été déposée à Dallas, au Texas. Selon les médias qui ont rapporté la nouvelle, elle allègue notamment que Boeing a laissé de côté des pratiques de saine conception et retenu de l’information cruciale pour les clients, les pilotes et le public.

Avec Le Devoir