L’ONU intensifie sa lutte contre le financement du terrorisme

Jean-Yves Le Drian, président du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU)
Photo: Eskinder Debebe Associated Press Jean-Yves Le Drian, président du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU)

Le Conseil de sécurité a adopté jeudi, à l’unanimité, une résolution réclamant aux membres des Nations unies de durcir leur arsenal répressif dans la lutte contre le financement du terrorisme. Cette résolution, premier texte consacré exclusivement à ce sujet, revient à définir « une doctrine de référence », a souligné le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, dont le pays préside en mars le Conseil de sécurité.

« La résolution oblige les États membres à pénaliser le financement du terrorisme même en l’absence de liens avec un attentat particulier », a relevé l’ambassadeur américain à l’ONU, Jonathan Cohen. « Nous devons endiguer le financement des groupes terroristes tels que le Hezbollah, qui exploite la violence et l’instabilité au Moyen-Orient », a-t-il déclaré. La milice libanaise utilise selon lui « des sociétés écrans », notamment dans le domaine pharmaceutique, « pour cacher l’achat d’armes et détourner les mesures de contrôle de blanchiment d’argent ».

En suivant l’argent, on suit des terroristes

L’objectif de ce nouveau texte écrit par la France vise à en réunir les paramètres et à intensifier la coopération internationale, selon Paris. Placée sous le chapitre 7 de la Charte des Nations unies, la résolution enjoint aux États membres de définir dans leurs législations et réglementations « des infractions pénales graves » assorties de sanctions pour quiconque utiliserait ou aurait l’intention d’utiliser, « de manière directe ou indirecte », des fonds pour des attentats.

Le texte demande aussi aux États membres d’« identifier les secteurs économiques les plus vulnérables au financement du terrorisme » et d’être dotés d’unités de renseignement spécialisées dans la traque des circuits financiers profitant à des organisations terroristes. Il les pousse enfin à agir contre l’anonymat des transactions et à développer des moyens de contrôle sur les paiements par téléphone, les cartes prépayées, l’usage d’argent liquide, les cagnottes ou les cryptomonnaies.

« Nous devons traiter le mal à la racine », a estimé le chef de la diplomatie française, en relevant que les groupes terroristes comme al-Qaïda ou État islamique « ne disparaissent pas », mais « s’adaptent ». Il faut « assécher leurs sources de financement », a-t-il réclamé.

Lors d’une récente session à l’ONU, Rémy Heitz, procureur chargé notamment des affaires terroristes en France, avait souligné que « l’information financière permettait de repérer les traces, les indices que les terroristes vont semer lors de la préparation de leurs actes criminels ». En quatre ans, la justice française a « identifié près de 400 collecteurs de fonds établis dans des pays situés à proximité de la zone irako-syrienne », avait ajouté ce spécialiste de l’antiterrorisme. « Ces intermédiaires financiers […] recevaient des mandats-cash de type Western Union d’un montant allant de quelques dizaines d’euros jusqu’à plusieurs milliers d’euros, mandats envoyés depuis une centaine de pays dans le monde pour être transférés ensuite à des combattants djihadistes ». Des enquêtes « ont démontré qu’en suivant l’argent, on suit des terroristes », avait-il affirmé.