La Nouvelle-Calédonie reste française

Les partisans de l’indépendance ont pavoisé de leur drapeau routes et arbres.
Photo: Theo Rouby Agence France-Presse Les partisans de l’indépendance ont pavoisé de leur drapeau routes et arbres.

Le premier ministre français, Édouard Philippe, est arrivé lundi en Nouvelle-Calédonie, au lendemain d’un référendum d’autodétermination qui a vu la victoire du maintien dans la France, malgré une forte percée des indépendantistes.

Édouard Philippe, qui arrive en provenance du Vietnam, doit rencontrer à tour de rôle chaque force politique présente au congrès de Nouvelle-Calédonie. Il compte poursuivre le dialogue engagé depuis 30 ans, vers la réconciliation, après la quasi-guerre civile des années 1980 entre les Kanaks, peuple autochtone du territoire, et les Caldoches, population d’origine européenne, et discuter avec chaque partie de l’avenir de ce territoire stratégique, qui dispose d’importantes réserves de nickel et qui représentera le dernier territoire de l’Union européenne dans la zone après le Brexit.

La Nouvelle-Calédonie a choisi dimanche de rester dans le giron français avec 56,9 % des voix lors d’un référendum d’autodétermination, consacrant selon le président Macron une « marque de confiance dans la République ». Mais les indépendantistes, que les sondages donnaient largement perdants, ont au contraire créé la surprise et conforté leur position.

La participation a été massive, avec 80,63 % de votants.

La visite de M. Philippe marque l’attention du gouvernement pour le territoire calédonien, après l’intervention dimanche du président de la République, Emmanuel Macron, qui a dit dans une allocution télévisée son « immense fierté que nous ayons passé ensemble cette étape historique » et que « la majorité des Calédoniens ait choisi la France ».

Le chef de l’État a ajouté qu’il n’y avait désormais « pas d’autre chemin que celui du dialogue » et a invité « chacun à se tourner vers l’avenir ».

Indépendantistes ragaillardis

Fort de leur résultat, les partisans d’une rupture avec la métropole ont dès dimanche soir réaffirmé leur volonté d’aller jusqu’au bout de l’accord de Nouméa (1998) et de demander l’organisation de deux autres référendums dans les quatre ans à venir, comme prévu par ladite entente.

Pour Louis Mapou, chef du groupe UNI-FLNKS au Congrès, « les indépendantistes sont encore plus motivés qu’avant pour demander le deuxième et troisième référendum. Dès demain, on va préparer la mariée pour qu’elle soit encore plus belle en 2020 », a-t-il dit à l’AFP. « On est à deux doigts de la victoire, et il nous reste deux consultations à venir », a aussi souligné Alosio Sako, président du rassemblement démocratique océanien (FLNKS).

De fait, l’ambiance était plus festive dimanche soir chez les perdants que chez les vainqueurs. « Ce sont ceux qui ont perdu qui font la fête », a constaté Philippe Gomès, leader du principal parti non indépendantiste, Calédonie Ensemble (droite modérée), à 1 h du matin dans un QG désert.

Les trois partis loyalistes, très divisés, avaient mis en avant la protection qu’apporte la France et les 1,3 milliard d’euros d’aides annuelles, et espéraient qu’une large victoire éloigne la perspective de nouveaux référendums.

Philippe Michel, secrétaire général de Calédonie Ensemble, « continue de penser que c’est mieux si on peut se passer d’un deuxième et d’un troisième référendum », mais il ne s’opposerait pas à l’accord de Nouméa, qui est « constitutionnalisé ».

« Est-ce que la Nouvelle-Calédonie a vraiment quatre ans à perdre ? » a de son côté demandé Sonia Backès, présidente du groupe Les républicains au Congrès. Elle plaide pour « trouver une solution et remplacer ce deuxième et troisième référendum » afin de « stabiliser enfin la Nouvelle-Calédonie ».

Selon Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique, il est « clair qu’on ne discute pas de la même manière quand on fait 43 % plutôt que 30 % ». « Cela va forcer les non-indépendantistes à revoir leur copie », ajoute l’expert.

Le référendum de dimanche était destiné à poursuivre le travail de réconciliation, entamé avec les accords de Matignon de 1988, entre les Kanaks et les Caldoches. Ces accords avaient été signés après les violences des années 1980, qui avaient culminé avec la prise d’otages et l’assaut de la grotte d’Ouvéa en mai 1988, faisant 25 morts.

La soirée a été émaillée d’une dizaine d’incidents de vandalisme, sans faire de victimes.