La Nouvelle-Calédonie se prononce sur son indépendance

Même si les sondages donnent le «non» à l’indépendance gagnant, les indépendantistes croient en la victoire. Pour y arriver, ils tentent de mobiliser les 15% d’indécis lors du dernier meeting du Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS), la principale formation indépendantiste.
Photo: Theo Rouby Agence France-Presse Même si les sondages donnent le «non» à l’indépendance gagnant, les indépendantistes croient en la victoire. Pour y arriver, ils tentent de mobiliser les 15% d’indécis lors du dernier meeting du Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS), la principale formation indépendantiste.

« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » La question qui sera posée dimanche aux 174 000 électeurs de ce territoire français d’outre-mer a le mérite d’être claire.

La réponse ne semble cependant pas faire de doutes. Personne ne s’attend en effet à ce que dimanche l’Océanie compte un nouveau pays membre à l’ONU. Tous les sondages indiquent pour l’instant que le Oui ne dépassera pas 40 % et que cet archipel de 24 000 kilomètres carrés peuplé d’autochtones kanaks, de métis et de descendants de bagnards, auxquels s’est greffée une population française et plus récemment asiatique, demeurera dans le giron de la France.

Ce référendum est pourtant le résultat d’un long processus qui, en passant, semble contredire tous les préjugés les plus courants sur le jacobinisme français. Il est en effet l’aboutissement des accords de Matignon (1988) et de Nouméa (1998), qui ont accordé une très large autonomie dans tous les domaines qui ne sont pas régaliens à cette ancienne colonie située à 24 heures de vol de Paris et qui possède le quart des réserves de nickel du monde. Alors que les accords de Matignon avaient engagé un processus de rééquilibrage économique en cédant du pouvoir aux populations autochtones kanakes, minoritaires sur l’ensemble du territoire, les accords de Nouméa ont engagé un véritable processus dit de « décolonisation » s’étalant sur deux décennies.

Ce n’est pas un hasard si ce dernier accord fut l’oeuvre du premier ministre socialiste Michel Rocard, dont on connaît le passé anticolonialiste et les sympathies qu’il a toujours entretenues avec les souverainistes québécois. Chose tout à fait exceptionnelle, le gouvernement de l’île peut également signer des accords avec des États et siéger à des organismes internationaux.

Référendums à répétition ?

« Ces accords ont permis un certain rattrapage économique, mais la culture autochtone est très éloignée de l’économie même si les Kanaks sont aujourd’hui partenaires dans l’exploitation du nickel », explique Stéphane Bliek, auteur du livre intitulé Nouvelle-Calédonie. Négocier pour la paix (Médias et Médiations). Bliek a grandi et fait ses études dans l’archipel où les Kanaks sont cependant devenus minoritaires à partir des années 1960. « Pour eux, même si la moitié des revenus viennent de Paris, l’indépendance est une question de fierté, un symbole fort qui ne disparaîtra pas après le référendum de dimanche, dit-il. On pourrait même craindre un vrai mécontentement si l’horizon paraît bloqué après une défaite référendaire. »

C’est tout l’enjeu des négociations qui pourraient s’amorcer après le référendum de dimanche. Parmi les questions litigieuses, il y a la définition même du corps électoral. Car, il faudra avoir vécu dans l’archipel depuis au moins 1994 pour voter dimanche. Sur les 210 000 personnes en âge de voter, seules 174 000 sont inscrites sur les listes électorales. Malgré ces restrictions, les Kanaks ne représentent que 46 % des inscrits.

Dans un tel contexte, dit Bliek, « le divorce ne peut pas être une solution. Celle-ci ne peut passer que par la négociation ». Pourtant, ce référendum pourrait ne pas être le dernier. Les accords de Nouméa autorisent en effet la tenue d’un nouveau scrutin dans deux ans à peine, à la demande du tiers seulement des élus du Congrès de Nouvelle-Calédonie. Les indépendantistes, qui contrôlent le tiers de la chambre, pourraient même recommencer en 2022.

L’ombre de la Chine

« Les indépendantistes se disent qu’ils ont peu à perdre avec l’indépendance, puisque le pouvoir économique leur échappe, dit Bliek. Même s’ils sont conscients qu’ils pourraient difficilement gérer toutes les compétences régaliennes, ils veulent se mettre en position de pouvoir passer des accords avec des puissances locales, régionales et même avec la France ».

Les indépendantistes se disent qu’ils ont peu à perdre avec l’indépendance, puisque le pouvoir économique leur échappe

Par contre, dit-il, les loyalistes « craignent de perdre leur position économique dominante, comme cela est arrivé aux Indiens de Fidji après l’indépendance. Sans la France, les partisans du Non croient aussi que l’archipel tombera sous la coupe de la Chine », qui considère cette zone comme sa chasse gardée.

Dimanche, le premier ministre Édouard Philippe sera à Nouméa. Il a annoncé que, quel que soit le résultat, il réunirait les forces politiques calédoniennes. « Il nous faut sortir de cette nasse de l’accord de Nouméa […] pour construire une nouvelle organisation politique qui préserve la possibilité d’exercer le droit à l’autodétermination », a déclaré au quotidien Le Monde Philippe Gomès, dirigeant de la principale force loyaliste du territoire, Calédonie ensemble (centre droit).

Pour en savoir plus, il faudra probablement attendre les élections de mai 2019 afin de départager les 12 partis politiques que compte le territoire. Quel que soit le résultat de dimanche, dit Stéphane Bliek, « il faudra bien s’asseoir et discuter de la suite des choses ».