Michaëlle Jean s’accroche

Le sort de la secrétaire générale Michaëlle Jean, lâchée la veille par le Québec et le Canada, semble réglé. À moins d’un imprévu, c’est donc la Rwandaise Louise Mushikiwabo qui devrait lui succéder vendredi à la tête de l’OIF, qui regroupe 54 pays membres.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Le sort de la secrétaire générale Michaëlle Jean, lâchée la veille par le Québec et le Canada, semble réglé. À moins d’un imprévu, c’est donc la Rwandaise Louise Mushikiwabo qui devrait lui succéder vendredi à la tête de l’OIF, qui regroupe 54 pays membres.

François Legault et Justin Trudeau sont arrivés ensemble mercredi soir dans la capitale arménienne, où s’ouvre jeudi matin le XVIIe sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Fait absolument exceptionnel pour un premier ministre québécois, François Legault a fait le voyage dans l’avion de son homologue canadien. Les deux hommes se sont d’ailleurs entretenus pendant le vol.

Tous deux arrivent à Erevan dans un climat nettement apaisé depuis que le sort de la secrétaire générale Michaëlle Jean, lâchée la veille par le Québec et le Canada, semble réglé. À moins d’un imprévu, c’est donc la Rwandaise Louise Mushikiwabo qui devrait lui succéder vendredi à la tête de l’OIF, qui regroupe 54 pays membres.

Pourtant, la crise de succession qui agitait l’organisation depuis que la France et l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) avaient fait connaître leur choix ne semble pas tout à fait terminée. Publiquement du moins, Michaëlle Jean refusait toujours mercredi de jeter l’éponge. Pas question pour elle d’annoncer le retrait de sa candidature avant l’ouverture du sommet, nous a confié son porte-parole, Bertin Leblanc. « On veut un débat, dit-il. Michaëlle Jean va défendre son bilan. Car tout consensus suppose un débat qui doit se faire dans les règles. […] Nul ne doute que cette discussion aura lieu entre les chefs d’État et de gouvernement à huis clos. »

Sitôt débarqué de l’avion, Justin Trudeau s’est d’ailleurs entretenu avec la secrétaire générale. Pour la ministre fédérale de la Francophonie, Mélanie Joly, le « débat » semble clos. « Les intérêts de la Francophonie sont plus grands que ceux d’une seule personne, tranche-t-elle. Le sommet qui nous réunit cette semaine est un forum important pour discuter des enjeux touchant la famille francophone […]. La décision difficile que nous avons prise vise à ce que le sommet se déroule dans le plus grand respect, alors qu’un consensus se dégage, comme le veut la tradition. » Bref, pour le Canada, la page semble bel et bien tournée !

Dans l’entourage de François Legault, on semblait circonspect, refusant de commenter l’attitude surprenante de Michaëlle Jean.

Une première

De mémoire, c’est la première fois de l’histoire qu’un premier ministre du Québec arrive à un Sommet de la Francophonie dans l’avion du premier ministre canadien. Alors que le Nouveau-Brunswick a toujours accepté ce genre d’invitation, le Québec s’était toujours efforcé d’arriver de manière autonome, par ses propres moyens.

Faut-il voir dans ce geste un symbole de l’harmonie retrouvée au sein de la famille canadienne ? « Ça n’a rien de symbolique », selon l’attaché de presse de François Legault, Guillaume Simard-Leduc. Selon lui, il s’agit d’un simple « accommodement » à la dernière minute. À peine débarqué, François Legault s’est entretenu une vingtaine de minutes avec le nouvel homme fort de la Francophonie, le président rwandais Paul Kagame.

Outre l’adoption d’une stratégie pour l’égalité entre les hommes et les femmes, le point marquant de ce sommet pourrait être la controverse sur la demande d’adhésion de l’Arabie saoudite (comme observateur). À Madagascar, il y a deux ans, la Conférence ministérielle avait trouvé le moyen de reporter la décision, prétextant manquer d’information sur la réalité du français dans ce pays. Une mission a donc rendu son rapport qui, sans vraiment trancher, se montre plutôt favorable à une adhésion.

La candidature est fortement soutenue par le Maroc et le Sénégal. Ailleurs, elle crée un véritable malaise compte tenu du sort que ce pays réserve aux femmes et aux droits de la personne en général. Surtout au moment où l’on soupçonne ce pays d’avoir assassiné à Istanbul le journaliste Jamal Khashoggi.

En froid avec le royaume saoudien depuis l’arrestation du blogueur Raif Badawi, le Canada est totalement opposé à cette adhésion. Il n’est pas impossible que l’on décide de « réétudier le dossier » dans deux ans, lance avec ironie un haut placé de la Francophonie. En 2012, le secrétaire général Abdou Diouf s’était pourtant fait imposer à la dernière minute l’adhésion du Qatar.

Le Québec absent

C’est tout sourire que, dans la matinée de mercredi, Michaëlle Jean a inauguré le forum économique de l’OIF aux côtés du président arménien, Armen Sarkissian, dans le nouveau Centre des technologies d’Erevan. La secrétaire générale a profité d’une audience d’environ 300 personnes pour mettre en avant son bilan et se féliciter du fait que, « depuis quatre ans, la Francophonie économique soit devenue une réalité ».

Dans ce forum, les milieux d’affaires québécois brillaient pourtant par leur absence, contrairement aux Français, aux Suisses et aux Belges. Le seul Québécois croisé par hasard était un Canado-Tunisien qui a grandi au Québec mais qui travaille depuis au Qatar pour une entreprise qatarie. Dans la délégation québécoise, personne ne semblait en mesure d’expliquer cette absence, alors que le Québec a toujours été un des principaux acteurs de ces forums.

Autres absents notoires à ce sommet, le Nouveau-Brunswick et l’Ontario. Ce dernier était pourtant devenu observateur à Madagascar il y a deux ans à peine. À l’époque, ses représentants ne tarissaient pas de mots pour justifier l’importance de cette adhésion.
 



Une version précédente de ce texte, qui présentait Armen Sarkissian comme le président albanais, a été modifiée.
 

 

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 11 octobre 2018 05 h 59

    quelle saloperie que parfois que la politique

    faut- il voir dans l'absence des provinces canadiennes aux assises de l'OIF une manoeuvre de Justin Trudeau qui rêve d'obtenir un poste a l'ONU, aurait-il alors decidé de sacrifier Michaelle Jean

  • Gilles Racette - Abonné 11 octobre 2018 06 h 13

    Mes inquiétudes

    sont pour le confort de notre précieuse petite ancienne lectrice de nouvelles devenue sans raison valable reine, et pire, à croire sérieusement qu'elle en était une, c'est sûr qu'elle ne veut pas lacher le plat de bonbons, les limousines pour elle et le prince qu'on sort, le piano a queue, la gloire et l'eau chôôôde mais dans le fond, je me doute bien qu'elle va bientôt se trouver un autre poste inutile pour vivre a nos crochets.

  • André Joyal - Abonné 11 octobre 2018 12 h 04

    «Michael» défigure la Floride

    Encore heureux que l'on n'ait pas appelé cet ouragan Michaëlle...

  • Serge Lamarche - Abonné 11 octobre 2018 15 h 40

    Tenir bon, la bonne attitude

    Michaëlle fait bien de tenir bon. La francophonie doit tenir bon et la candidate nommée ou élue aura plus de légitimité. J'ai des doutes sur la capacité de renverser la vapeur pro-anglaise du Rwanda. Mais si la France fait des efforts, il est possible qu'ils réussissent. La faute du massacre revient en plus grande partie au Rwandais eux-mêmes.