Une famille de djihadistes attaque plusieurs églises en Indonésie

Des policiers examinaient les lieux après l’attaque survenue à l’extérieur de l’église pentecôtiste du centre de Surabaya, dimanche. Des démineurs y ont aussi désamorcé deux autres bombes.
Photo: Juni Kriswanto Agence France-Presse Des policiers examinaient les lieux après l’attaque survenue à l’extérieur de l’église pentecôtiste du centre de Surabaya, dimanche. Des démineurs y ont aussi désamorcé deux autres bombes.

Six membres d’une même famille, dont deux très jeunes filles, ont commis dimanche trois attentats suicides en Indonésie contre des églises, qui ont fait 13 morts et des dizaines de blessés.

Les attaques, revendiquées par le groupe armé État islamique (EI), ont visé vers 7 h 30, à l’heure de la messe (heure locale), trois églises à Surabaya, la deuxième ville du pays dans l’est de l’île de Java.

Les auteurs sont six membres d’une même famille : la mère, le père, les deux filles de 9 et 12 ans et les deux fils de 16 et 18 ans, a annoncé le chef de la police nationale, Tito Karnavian. La famille était liée au mouvement radical Jamaah Ansharut Daulah (JAD), qui soutient le groupe État islamique.

Selon la police, 13 personnes ont été tuées et une quarantaine d’autres blessées, soit le plus lourd bilan dans ce pays depuis des attaques contre deux hôtels de luxe à Jakarta en 2009, qui avaient fait 9 morts. Et il s’agit des attaques les plus meurtrières contre des églises depuis la vague de violence qui avait secoué l’Indonésie, nation musulmane la plus populeuse au monde, à la veille de Noël, en 2000.

Selon les médias locaux, la famille aurait pu revenir de Syrie, où des centaines d’Indonésiens ont afflué ces dernières années pour combattre aux côtés des djihadistes du groupe EI.

La mère, identifiée comme Puji Kuswati, et ses deux filles portaient des niqabs et des bombes autour de la taille lorsqu’elles ont pénétré dans l’église Kristen Indonesia Diponegoro pour se faire exploser, selon Tito Karnavian.

Le père, Dita Priyanto, chef de cellule au sein du JAD, a foncé avec une voiture d’explosifs sur l’église pentecôtiste du centre de Surabaya, alors que ses fils ont conduit des motos en direction d’un troisième lieu de culte, l’église Sainte-Marie, où ils ont activé les explosifs qu’ils portaient.

Les trois attaques « sont des attentats suicides, mais les types de bombes utilisées sont différents », a souligné M. Karnavian.

Des démineurs ont par ailleurs désamorcé deux autres bombes dans l’Église pentecôtiste du centre de Surabaya.

État d’alerte

L’archipel d’Asie du Sud-Est, pays musulman le plus peuplé du monde, est en état d’alerte depuis une série d’attentats perpétrés ces dernières années.

Le mouvement local Jamaah Ansharut Daulah est lié à de nombreuses attaques et attentats suicides, dont l’un en janvier 2016 à Jakarta qui avait coûté la vie à quatre civils et quatre assaillants. Cette attaque avait été la première revendiquée en Asie du Sud-Est par le groupe EI.

La police a par ailleurs indiqué que quatre membres présumés du mouvement JAD ont été tués dans des opérations qui ont suivi une émeute dans une prison de haute sécurité en banlieue de Jakarta, ayant eu lieu cette semaine.

Cinq policiers et un détenu avaient trouvé la mort au cours d’affrontements dans cette prison, où des détenus islamistes avaient pris un gardien en otage. Le groupe EI avait revendiqué l’attaque.

Selon le chef de la police nationale, les attentats de dimanche pourraient être un acte de vengeance après ces affrontements et l’arrestation de responsables du mouvement JAD.

« Cet incident les a énervés […] Et il y a eu des instructions [du groupe] EI en Syrie, ils ont attendu ce moment pour se venger », a-t-il précisé.

2009
Des attaques contre deux hôtels de luxe à Jakarta en 2009 avaient fait 9 morts, le plus lourd bilan avant celui des trois attentats perpétrés dimanche.

L’intolérance religieuse a augmenté ces dernières années dans ce pays de 260 millions d’habitants dont près de 90 % de la population est musulmane, mais qui compte aussi des minorités chrétienne, hindoue et bouddhiste.

D’autres attaques visant des églises se sont produites à travers le pays.

En février, la police avait tué un homme armé d’une épée qui avait attaqué une église en pleine messe, blessant quatre personnes, dont un prêtre.

Un extrémiste islamiste avait été condamné en septembre à la réclusion criminelle à perpétuité pour une attaque meurtrière au cocktail Molotov en 2016 contre une église, avec des complices d’un groupe soutenant le groupe extrémiste.

L’Indonésie avait été précipitée dans sa propre « guerre contre le terrorisme » en 2002 par les attentats de Bali (202 morts), île la plus touristique du pays.

Les autorités avaient lancé une offensive majeure contre les extrémistes islamistes et affaibli les réseaux les plus dangereux, selon des experts. Mais le groupe État islamique est parvenu à mobiliser de nouveau la frange extrémiste indonésienne.