Partager nos cultures pour rendre le monde plus beau

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
La ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, assure que le volet culturel est présent dans les actions de solidarité internationale québécoise.
Photo: Heidi Hollinger La ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, assure que le volet culturel est présent dans les actions de solidarité internationale québécoise.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) consacre ses 21es Journées québécoises de la solidarité internationale au rôle de la culture comme outil d’influence politique. Un outil qui permet de libérer les peuples, mais aussi de les asservir, dans un contexte minoritaire notamment. La ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, a précédemment tenu les rênes du ministère de la Culture. Elle confirme qu’il s’agit bel et bien d’un outil d’influence politique, mais dans le sens noble du terme. Entrevue.

La culture façonne notre perception du monde de deux grandes façons, selon l’AQOCI. D’un côté, elle contribue à légitimer et à renforcer les rapports de force politiques. De l’autre, elle est un outil d’action citoyenne de nature à remettre en question ces rapports de force et à proposer de nouvelles avenues. Partagez-vous ce point de vue ?

Il y a effectivement des régimes politiques où l’on n’accepte pas que les artistes s’expriment. Il y a toute la question de la diversité culturelle également. Beaucoup d’endroits dans le monde sont envahis par la production culturelle américaine. C’est quelque chose que l’on peut difficilement étouffer. La culture devient alors un outil politique pour les artistes locaux, qui vont exprimer leur frustration par rapport à telle ou telle situation. En tant que membre d’organismes internationaux tels que l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et l’UNESCO par exemple, le rôle du Québec est de soutenir la diversité culturelle. Nous avons d’ailleurs été à l’origine, avec le gouvernement fédéral, de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée en 2006 à l’UNESCO.

Le volet culturel fait donc partie de vos actions de solidarité internationale…

Nous veillons toujours à ce qu’il ne soit pas oublié. Bien sûr, le volet de l’aide aux plus démunis prend une grande place, mais nous faisons aussi en sorte de financer des initiatives culturelles. Nous sommes souvent à l’honneur à l’étranger, à Cuba et au Mexique notamment, dans les festivals, les salons du livre, etc. Ça aussi c’est important. L’échange, le partage avec d’autres cultures. Et de voir que, dans une certaine mesure, on se rejoint.

Sur nos valeurs ?

Par exemple. Le Québec défend notamment les valeurs d’inclusion, d’égalité des chances, d’équité femmes-hommes, de démocratie. Cela paraît dans les oeuvres de nos artistes, car ils sont souvent sensibles à ces choses-là. Le pape Benoît XVI a dit que l’humanité ne pourrait vivre sans beauté et il a rappelé que les artistes étaient les gardiens de la beauté du monde. Je crois que c’est vrai. Grâce à la reconnaissance et au partage de nos cultures, le monde est plus beau.

Qu’est-ce que le Québec a à partager d’un point de vue culturel ?

On a parlé des valeurs. Mais je crois que ce qui nous distingue le plus, c’est le fait francophone. Nous sommes le vaisseau amiral de la francophonie en Amérique du Nord. Nous avons un rôle diplomatique à jouer dans le contexte francophone. Notre langue, c’est notre culture, notre identité. C’est aussi un outil politique puissant. Et les artistes québécois, qui sont nombreux à s’exprimer en français, sont nos meilleurs ambassadeurs. Ils présentent la couleur de notre nation, notre façon de dire les choses, de les mettre en lumière. Grâce à eux, nous pouvons faire passer des messages. Dans chacun de nos bureaux à l’étranger, même les plus petits, nous avons au moins une personne chargée de faire la promotion de la culture québécoise.

Quelle est la couleur de la nation québécoise ?

On la retrouve dans notre façon de nous exprimer. Nous sommes des Nord-Américains francophones. Notre vie est nord-américaine, ce n’est pas la même réalité que celle des Français ou d’autres peuples avec qui nous avons le français en commun. C’est pour cela que l’échange et le partage sont intéressants. Quant à nos artistes, il suffit d’écouter le public à l’étranger pour se rendre compte qu’ils sont très accessibles. Cette accessibilité, ça fait aussi partie de notre couleur, de notre identité.

Comment favorisez-vous le partage culturel ?

Nous avons par exemple des studios dans six grandes villes du monde — Londres, Paris, Berlin, Rome, New York et Tokyo — dans lesquels les artistes d’ici peuvent partir en résidence. Cela leur permet de se ressourcer, mais aussi d’échanger avec des artistes locaux, tant sur le plan créatif que sur leur réalité et leur quotidien. Au Québec, nous soutenons également des projets culturels qui rejoignent les Premières Nations. Je pense notamment à Wapikoni mobile, qui est un très beau véhicule de partage. Il s’agit de studios de cinéma ambulants qui se baladent à travers tout le Canada pour rejoindre les jeunes autochtones et développer leurs aptitudes artistiques et sociales. Par ailleurs, lorsque l’on parle de partage, il ne faut pas oublier la puissance que représentent aujourd’hui les réseaux sociaux.

Pour promouvoir les artistes d’ici ?

La culture d’ici, oui. Il y a quelques jours, j’étais à Carnegie Hall à New York. J’assistais à une représentation de l’Orchestre symphonique de Montréal. La salle était comble et l’orchestre a eu droit à une ovation. J’ai pris des photos, que j’ai immédiatement partagées. C’est une grande fierté. D’autant qu’il y avait au programme une création d’un jeune compositeur québécois. Ce genre d’événements culturels, ça place le Québec.

En attend-on également des retombées économiques ?

Il y a des retombées économiques, c’est certain. Mais il ne faut pas le calculer comme ça. Il s’agit avant tout de promouvoir notre culture, notre identité et nos valeurs à travers toute la planète. En espérant ainsi rendre le monde plus beau.