John Yettaw libéré... à défaut de Suu Kyi

Le citoyen américain John Yettaw à son arrivée à l’aéroport de Bangkok, hier. Sa libération, due à une visite du sénateur Jim Webb, a soulevé des critiques chez certains groupes d’opposants birmans, qui auraient préféré que Washington s
Photo: Agence France-Presse (photo) Le citoyen américain John Yettaw à son arrivée à l’aéroport de Bangkok, hier. Sa libération, due à une visite du sénateur Jim Webb, a soulevé des critiques chez certains groupes d’opposants birmans, qui auraient préféré que Washington s

Bangkok — L'Américain John Yettaw, condamné à sept ans de réclusion en Birmanie pour avoir nagé jusqu'à la maison de l'opposante Aung San Suu Kyi, a été expulsé hier de ce pays reclus après la visite du sénateur Jim Webb, proche de Barack Obama, qui a obtenu sa libération.

L'avion transportant MM. Yettaw et Webb a atterri à Bangkok, en provenance de Rangoun, mais le parlementaire démocrate s'est efforcé de n'apparaître sur aucune image avec son compatriote, dont il a critiqué l'action.

«Ce qu'il a fait est regrettable», a déclaré Jim Webb à la presse, ajoutant que l'expédition du mormon de 54 ans, qui s'était invité en mai chez Mme Suu Kyi, entraînant sa mise en accusation et un procès, avait «causé du tort à la personne qu'il essayait d'aider».

John Yettaw a été condamné à sept ans de prison et de travaux forcés mardi dernier, mais cette sentence a été transformée «en peine avec sursis» et «expulsion» pour des «raisons humanitaires», alors que la lauréate du prix Nobel de la paix, âgée de 64 ans, s'est vue infliger 18 mois supplémentaires d'assignation à résidence.

Mme Suu Kyi a déjà été privée de liberté pendant 14 des 20 dernières années.

M. Webb — qui est devenu samedi le premier haut responsable américain à être reçu par l'homme fort de Birmanie, le généralissime Than Shwe — a nié avoir évoqué la moindre contrepartie à la libération de M. Yettaw, dont la santé physique et mentale est fragile.

Il a déclaré, au contraire, avoir insisté auprès des militaires birmans pour que Mme Suu soit libérée afin qu'elle puisse participer aux élections promises pour 2010. «J'espère que plus les mois passeront, plus ils examineront» cette éventualité, a-t-il dit.

Jim Webb, qui préside une sous-commission des Affaires étrangères au Sénat, a indiqué qu'il rendrait compte de sa mission à la secrétaire d'État Hillary Clinton.

Il a estimé que les sanctions occidentales contre la Birmanie avaient poussé ce pays à se rapprocher «considérablement» de la Chine et a appelé Pékin à «mettre fin à son silence» et «user de son influence» pour sortir de l'impasse.

John Yettaw, qui souffre notamment de diabète et d'épilepsie, semblait très fatigué hier à sa descente d'avion à Bangkok et Jim Webb a révélé qu'il avait été victime d'un nouvel «incident médical» dans la matinée lorsqu'on lui a lu «l'ordre d'expulsion» de Birmanie.

Pendant le procès, M. Yettaw, domicilié à Falcon (Missouri), a justifié son expédition en affirmant avoir agi «à la demande de Dieu» pour alerter Mme Suu Kyi d'un «complot», après avoir eu une «vision» selon laquelle elle allait être «assassinée».

Les circonstances de sa libération anticipée rappellent la grâce obtenue début août en Corée du Nord par l'ex-président américain Bill Clinton en faveur de deux journalistes américaines qui ont pu quitter le pays sans avoir à purger une peine de douze ans de travaux forcés.

L'entretien de Jim Webb avec Than Shwe a suscité la colère de certains groupes d'opposants birmans qui ont déploré que le sénateur reparte avec M. Yettaw, alors que Mme Suu Kyi reste maintenue en isolement.

«Cela va sans doute laisser une impression négative parmi la population birmane», a affirmé Aung Din, directeur de l'US Campaign for Burma, organisation d'exilés birmans aux États-Unis.

La Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi s'est cependant gardée de critiquer Jim Webb. «S'ils ont libéré John Yettaw, pourquoi ne libèrent-ils pas des citoyens de leur propre pays», a dit le porte-parole Nyan Win.

Dans les mois ayant précédé le procès de Rangoun, l'administration Obama avait déclaré envisager un changement de politique à l'égard de la Birmanie, avec plus de dialogue et moins de sanctions. Et depuis le printemps, Jim Webb se montre favorable à «une nouvelle approche».

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