«Chansons sur toi et nous»: les mots de la parolière

La chanteuse française Françoise Hardy en novembre 1970
Agence France-Presse La chanteuse française Françoise Hardy en novembre 1970

Sa voix ? Elle n’a jamais supporté de s’entendre chanter. Ses musiques ? Simplettes, utilitaires, a-t-elle répété sur tous les tons. Ses textes de chansons ? Bluettes d’amoureuse transie, avait-elle décrété. Quiconque a interviewé Françoise Hardy le sait : affectueuse dans l’éloge des collaborateurs, généralement bavarde et rigolote, intarissable dès qu’il est question d’astronomie, elle se hérissait quand on abordait son œuvre. Ce n’est pas un petit événement qu’elle se prête finalement à l’exercice du recueil de ses paroles de chansons.

Et encore plus événementiel qu’elle y assortisse des commentaires, le plus souvent révélateurs, du très court mot à l’épanchement sur plusieurs pages. Plus fort encore, la segmentation par périodes (1962-1965, 1966-1968, et ainsi de suite) nous gratifie de mises en contexte qui ne sont pas loin d’être de petits chapitres d’un complément bienvenu d’autobiographie (à lire, donc, à proximité du Désespoir des singes et autres bagatelles, paru en 2008 chez Laffont). Si ses livres précédents, romans ou bios, étaient concentrés sur relations et ses états d’âme, on obtient au moment où l’on ne s’y attendait plus une véritable plongée dans son art chansonnier.

Son cancer du pharynx, l’incapacité de chanter, le temps passé à l’hôpital, les traitements ne sont pas étrangers à cette parution inespérée. Elle n’avait, littéralement, « rien d’autre à faire », dit-elle dans les rares entrevues accordées en France. Et le bonheur de l’affaire est qu’elle s’est prise au jeu, s’étonnant d’apprécier ce qu’elle avant tant vilipendé. De C’est à l’amour auquel je pense, un air charmant et bien fait, elle parvient à dire que c’est « la première [chanson] dont je fus fière en tant que mélodiste », ne manquant cependant pas de relever la « grossière faute de français qui en gâche le titre ». Françoise ne s’épargne jamais, cependant capable enfin d’admettre des qualités à ses chansons si universellement aimées : « […] je me rends compte que, contre toute attente, mes chansonnettes valaient davantage par les mélodies, pas si mal que ça pour une non-musicienne. »

On apprend comment elle perdit ses droits d’édition pour tout le répertoire des débuts, comment elle se battit pour que la chanson Il ragazzo della via Gluck devienne La maison où j’ai grandi : tout est ajout plus que justifié, explication du sentiment ou source d’inspiration, tout nous rapproche d’elle autant que de ses chansons (dont nous étions pourtant déjà pétris). Et si les commentaires les plus heureux correspondent aux dernières décennies, périodes de rencontres fructueuses et de résultats à la hauteur de ses vertigineuses attentes, elle assume enfin tout. Du premier au dernier mot. « Je n’aime pas être en fin de parcours, en fin de vie. […] Heureusement, il reste la musique, il reste les chansons. » Et ce livre essentiel, désormais.

Chansons sur toi et nous

★★★★ 1/2

Françoise Hardy, Éditions des Équateurs, Paris, 2021, 430 pages

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