Le Petit Robert, édition pandémique, la suite

L’édition 2022 du Petit Robert comme celle du Petit Larousse dévoilée un peu avant elle, adopte évidemment une cohorte de mots liés à la pandémie de COVID-19. Les antivaccins, qui sont hostiles à la vaccination ou qui refusent de se faire vacciner, y côtoient les écouvillons, les oxymètres, et les saturomètres.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L’édition 2022 du Petit Robert comme celle du Petit Larousse dévoilée un peu avant elle, adopte évidemment une cohorte de mots liés à la pandémie de COVID-19. Les antivaccins, qui sont hostiles à la vaccination ou qui refusent de se faire vacciner, y côtoient les écouvillons, les oxymètres, et les saturomètres.

Prêt pour 2022, Le Petit Robert de la langue française a intégré cette année les mots transidentité, dysphorie, soit le terme désignant « la détresse ressentie par quelqu’un dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe qui lui a été assigné à sa naissance », la déconsommation et le frugalisme.

La version imprimée du Petit Robert, comme le nouveau Dico en ligne Le Robert, intègre aussi la bobologie, pour parler de la « prise en charge médicale des petites blessures ou des maux bénins ». Parmi les québécismes, on note vlimeux, qui veut dire autant « rusé et sournois » que « malicieux et espiègle » en parlant d’un enfant. On y aussi intégré le téteux, ce « flatteur, flagorneur ». On peut désormais y manger de la gibelotte, en toute rectitude linguistique, et traiter avec déférence qui a vu neiger.

« Vous, vous dites avoir vu neiger, nous, on dit ne pas être tombé de la dernière pluie, alors vous, vous avez de la neige et nous, on a de la pluie », dit Marie-Hélène Drivaud, directrice éditoriale des Éditions Le Robert. Les mots nouveaux choisis par Le Petit Robert se retrouvent « dans la littérature ou dans les journaux canadiens. On les soumet à notre conseiller linguistique et on les choisit selon leur fréquence et leur vitalité ».

L’édition 2022 du Petit Robert,comme celle du Petit Larousse dévoilée un peu avant elle, adopte évidemment une cohorte de mots liés à la pandémie de COVID-19. Les antivaccins, qui sont hostiles à la vaccination ou qui refusent de se faire vacciner, y côtoient les écouvillons, les oxymètres, et les saturomètres. Le télétravail a généralisé l’usage du VPN et de la fintech, par laquelle les start-up utilisent la technologie pour « proposer des services bancaires et financiers performants ».

Vous, vous dites avoir vu neiger, nous, on dit ne pas être tombé de la dernière pluie, alors vous, vous avez de la neige et nous, on a de la pluie.

 

Le nouveau sens du confinement

L’équipe du Robert rappelle d’ailleurs que tout un vocabulaire avait émergé de la même façon après la Seconde Guerre mondiale, dont les mots défaitisme, lacrymogène ou tank. Le covoiturage s’est répandu dans la langue comme dans la société avec la grande grève de 1995, et le terme bioterrorisme a émergé après les attentats du 11 septembre 2001.

Certains mots qui existaient depuis très longtemps ont refait surface avec la pandémie. C’est le cas du confinement, par exemple, apparu au XVe siècle, qui désignait à l’origine l’enfermement pénal. C’est dans le cadre de la vie monastique qu’il a été le plus couramment utilisé dans les deux siècles suivants.

« C’est plus tard qu’on a commencé à l’employer pour désigner l’interdiction faite à un malade de quitter la chambre, puis le fait de rassembler des volailles dans un espace délimité, notamment dans le contexte de l’épidémie de grippe aviaire. Le mot n’est devenu courant qu’avec la pandémie de 2020 », écrit l’équipe du Robert.

Ménageant la chèvre et le chou, l’équipe a aussi fait de la COVID-19 un terme utilisé autant au masculin qu’au féminin, et nous rappelle que c’est un acronyme dérivé de l’anglais, pour COronaVIrus Disease. La confusion dans l’usage du féminin et du masculin découle du fait que certains l’ont utilisé pour désigner la maladie et d’autres pour désigner le virus.

Mme Drivaud signale que, quand la pandémie s’est déclarée en mars 2020, le dictionnaire Robert 2021 était déjà parti pour l’impression. Les mots de la pandémie n’ont donc pas pu s’y ajouter, une lacune que Le Dico en ligne Le Robert avait pu corriger. Chaque année, Le Petit Robert ajoute non seulement des mots nouveaux, mais aussi de nouveaux sens et de nouvelles citations. « On a ajouté racisme systémique. Le mot systémique existait déjà, mais pas dans ce sens-là », dit-elle. C’est le cas aussi de l’appropriation culturelle.

 

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