Le défi d’une révolution écoféministe

Catherine Albertini relate que «les puissances coloniales européennes créeront de nouvelles enclosures» en exportant dans les pays du Sud les injustices faites aux femmes.
Photo: BDH Services Catherine Albertini relate que «les puissances coloniales européennes créeront de nouvelles enclosures» en exportant dans les pays du Sud les injustices faites aux femmes.

L’émancipation des femmes a tant évolué qu’elle a enrichi la langue française. En 2015, le mot « féminicide » a fait son entrée dans Le Petit Robertpour désigner le « meurtre d’une femme, d’une fille en raison de son sexe ». Catherine Albertini propose, de son côté, de remplacer « anthropocène » par « androcapitalocène » pour nier la responsabilité féminine dans le nom de la période géologique qui mènerait à la catastrophe finale.

Dans Résistances des femmes à l’Androcapitalocène, essai inédit édité au Québec et diffusé notamment en France, Catherine Albertini, chercheuse française, explique le pourquoi de l’affixe « Androcapitalo- », qu’elle écrit avec une majuscule pour en souligner l’importance. Alors que l’affixe « anthropo- » vient d’un mot grec qui, rappelle-t-elle, signifie l’être humain en général, « androcapitalo- », issu du grec et du latin, désigne l’être humain masculin capitaliste.

La chercheuse soutient avec pertinence que « les femmes n’ont pas joué un quelconque rôle » dans la naissance de l’anthropocène, la période géologique présente, commencée par la Révolution industrielle en Angleterre au XVIIIe siècle, et qui, par les émissions carboniques, conduit au réchauffement climatique. Son « nécessaire écoféminisme », comme elle l’appelle, combat ce que l’essayiste italo-américaine Silvia Federici nomme « le capitalisme patriarcal ».

S’appuyant sur les recherches historiques de cette dernière, Catherine Albertini souligne que l’essor du capitalisme patriarcal coïncida en Angleterre avec le démantèlement, aux XVIIIe et XIXe siècles, des terres agricoles communales où les paysannes pratiquaient, dans l’autonomie, la culture vivrière. Le changement se fit au profit de grands propriétaires qui clôturèrent des terres (les fameuses enclosures) pour y bannir la petite agriculture familiale.

L’agriculture de subsistance, pratiquée en particulier par les femmes et souvent réduite à un potager, s’apparente au travail non rémunéré d’une ménagère actuelle, si essentiel mais négligé par l’analyse économique masculine, même progressiste. Silvia Federici révèle, avec d’autres féministes, l’immense valeur financière occultée du labeur domestique.

Catherine Albertini applaudit à l’initiative. De plus, elle relate, de façon étoffée, que « les puissances coloniales européennes créeront de nouvelles enclosures » en exportant dans les pays du Sud les injustices faites aux femmes. Mais oublierait-elle de réfléchir au destin tragique en Allemagne de Rosa Luxemburg (1870-1919) ?

Cette révolutionnaire fit sien en 1912 le mot fouriériste : « Le degré de l’émancipation des femmes est la mesure naturelle de l’émancipation générale. » Elle refusait autant le contrôle léniniste de la révolution que la social-démocratie alliée au capitalisme. Au nom de celle-ci, le pouvoir masculin l’assassina…

 

Extrait de «Résistances des femmes à l’Androcapitalocène»

Le capitalisme a partout renforcé le patriarcat, même dans des sociétés où il était moins rigoureux. Ses solutions techniques fondées sur une culture scientifique réductionniste, qui sépare l’humanité de son environnement, sont, à mes yeux, les principales pistes.

Résistances des femmes à l’Androcapitalocène. Le nécessaire écoféminisme.

★★★

Catherine Albertini, M Éditeur, Saint-Joseph-du-Lac, 2021, 128 pages



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