Poème

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Tu dis :

La neige fly !

Check ça dehors

La neige fait le bruit de mon acouphène

Et ton cil ne part pas de mon doigt

On colle nos index ensemble

Ton cil ne me quitte pas

Sûrement la dernière chose qui ne me quitte pas

Sûrement la première surprise de l’année

J’amène ton cil partout

Je marche avec lui dehors toute la journée

Je reviens le soir

Je ne sens plus mes jambes

Ton cil est quelque part dans ma mitaine

Je le cherche

Je ne le trouve plus

Je me sens coupable

J’entends mal de l’oreille gauche

Je n’ai pas compris ce que tu m’as dit

T’es pu là mais je n’ai pas compris

Je m’obstine avec toi

J’ai de longues discussions avec toi

Je te fais rire

Même si t’es pu là

J’entends un sifflement dans mon oreille gauche

C’est le bruit de la neige quand tu me parles

C’est tes lèvres qui bougent quand la neige tombe

Peux-tu m’attendre

Me donner une dernière chance ?

Je construis un traîneau pour venir te voir

C’est long

Tu sais bien que c’est long

Je ne suis pas manuel

La neige fly !

Check ça dehors

Une année entière à écrire un poème par semaine

Hier un gars m’a écrit pour me demander

Combien on me payait pour écrire des poèmes aussi poches

Je lui ai écrit :

Une année entière de médicaments sur la RAMQ

Vivre heureux c’est facile

Il suffit de s’acheter une Xbox

Jouer à Cyberpunk 2077 jusqu’à la fin des batteries de la manette

Et ne pas pouvoir se racheter d’autres piles

Et ne pas aller au dépanneur de peur d’attraper la variante du virus

Écrire un poème par semaine

Et faire comme si c’était normal

Et faire comme si c’était un humain

Pourquoi je fais ça ?

Ça devrait être le rôle

De Myriam Cliche ou de Patrice Desbiens

Si Patrice m’appelait

Je pense que je lui laisserais ma place

J’enlèverais Réhel dans l’en-tête

J’écrirais Desbiens

Le poème à Desbiens

Ça sonne mieux

Écrire un poème par semaine

Ça enlève la magie

Comme si un magicien dévoilait tous ses trucs chaque semaine

Qui serait assez idiot pour faire ça ?

J’ai peut-être écrit des milliers de poèmes

J’ai peut-être écrit un seul bon poème

C’est pas grave

Faut essayer non ?

Faut rêver non ?

Je suis avec mon père au parc

Il neige

Il dit :

La neige fly !

Check ça

Je ne vois pas son visage

Son foulard est immense

Je regarde les petits oiseaux noirs dans l’arbre

À tous les oiseaux

Qui se sentent seuls

Ce poème est pour toi juste pour toi

Un poème à tous les oiseaux qui s’accrochent

À un fou rire

À un clin d’œil

À une tape dans le dos

À un banc de neige

Parce que je ne sais pas si un jour on se sent moins seul

Parce que mon père me regarde et me demande :

Penses-tu pouvoir écrire une autre année dans le journal ?

Parce que je ne sais pas quoi répondre

Parce que je suis là-bas

Je suis déjà là-bas

Dans le sapin là-bas

Accroché à au moins

Une centaine de milliers d’oiseaux

Des petits oiseaux noirs forts comme des déneigeuses

Qui ne liront jamais mes poèmes dans ce journal.