Les fictions d’ailleurs s’éclatent

L’écrivaine suédoise Tove Jansson crée des univers près de l’enfance, portes secrètes vers une beauté qui ne se révèle que dans la contemplation et la rêverie.
Photo: Wang Zhao Agence France-Presse L’écrivaine suédoise Tove Jansson crée des univers près de l’enfance, portes secrètes vers une beauté qui ne se révèle que dans la contemplation et la rêverie.

Dystopies, réalisme magique, science-fiction et plongées vertigineuses à travers la mémoire collective… Cet hiver, des auteurs prometteurs et établis des quatre coins du monde rivalisent de fougue et d’ingéniosité pour décortiquer l’âme humaine et surmonter, à travers nos combats, nos peines et nos rêves, les divisions, la méfiance et l’altérité.

Nos cousines les fées

L’écrivaine suédoise Tove Jansson — le fertile imaginaire derrière les attachants Moumines — crée des univers près de l’enfance, éminemment oniriques, portes secrètes vers une beauté qui ne se révèle que dans la contemplation et la rêverie. Dans La fille du sculpteur (La Peuplade, 18 février), elle nous entraîne sur une île féerique où les êtres humains déploient leurs ailes, où des créatures mystérieuses guettent au détour des criques, et où Dieu lui-même jette un regard bienveillant sur les enfants qui jouent dans le jardin. Un immense classique qui possède le rare pouvoir de transporter à l’autre bout du monde, à l’autre bout de soi.

Le romancier britannique Mark Haddon est de retour avec un roman d’aventures exaltant et rocambolesque, librement inspiré d’une pièce de Shakespeare. Dans L’odyssée du marsouin (Robert Laffont, 26 février), il se joue de l’espace-temps et abolit les frontières entre mythes et réalités pour créer un monde dans lequel les pères incestueux côtoient les princes charmants, et où les damoiselles en détresse prennent les rênes des croisades amoureuses.

Charlotte, déterminée à échapper aux griffes de son cruel frère, entame un périple à travers la Tasmanie, où elle croisera un rat d’eau en quête du dieu nuage, un pêcheur et un phoque alliés dans la chasse au thon et des wombats menacés d’une mort mystérieuse. Avec Flammes (Alto, 18 mai), un premier roman flamboyant sur la grâce et la puissance des mots et de la nature, le jeune auteur australien Robbie Arnott fait son entrée par la grande porte.

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Des univers dystopiques

Souvent décrit comme le grand roman féministe norvégien du XXe siècle, Les filles d’Égalie (Zulma, mars) nous parvient enfin en version française. Dans cette dystopie débordante d’humour et résolument provocatrice où les femmes règnent en maîtresses, Gerd Brantenberg renverse les codes du patriarcat et dénoue les ficelles du langage pour souligner avec une ironie mordante l’oppression invisible inhérente à l’inégalité.

Genève, 1816. Mise au défi d’écrire une histoire de fantôme, Mary Shelley imagine un créateur, Frankenstein, et les dérives de ses ambitions. Des siècles plus tard, dans l’Angleterre post-Brexit, les frontières entre la vie et la mort, la justice et le pouvoir et l’âme et la robotique sont plus brouillées que jamais. À travers une galerie de personnages plus grands que nature, l’autrice britannique Jeanette Winterson dissèque avec un humour féroce les tares de notre époque, et sonde dans Frankissstein (Alto, en librairie) les failles qui habitent notre vision de l’amour et de la réussite.

En 2011, les foules se soulèvent au Caire et partout à travers l’Égypte pour protester contre les abus des forces de police, la corruption et les conditions de vie impossibles. La répression ne se fait pas attendre. Dans Trois saisons en enfer (Actes Sud, 3 février), Mohammad Rabie, inspiré par la défaite des révolutions arabes, imagine l’Égypte d’après, un enfer sur terre porté par une langue crue et désespérée et un imaginaire apocalyptique. Un roman qui, comme un cri de douleur, résonne longtemps.

Du côté des Amériques

Plus près de chez nous, les écrivains canadiens nous réservent quelques bijoux de sagesse, de clairvoyance et de créativité. Voici, en quelques morceaux choisis, ce qui a retenu notre attention.

Emily St. John Mandel. L’hôtel de verre, (Alto, 16 mars). L’écrivaine canadienne derrière le primé Station Elevenest de retour avec une histoire captivante sur l’avidité et la culpabilité, où les destins se scellent pour le pire. Entre l’effondrement massif du système de Ponzi et la mystérieuse disparition d’une femme d’un navire en mer, le roman se faufile dans des paysages méconnus et entrouvre les portes de vies jamais vécues.

Norma Dunning. Annie Muktuk et autres histoires (Mémoire d’encrier, 10 mars). Annie Muktuk sonde les chemins et les racines de l’identité inuite à travers une série de récits et de personnages colorés et éminemment drôles, qui témoignent tout autant du racisme et de l’aliénation que de la tendresse, de l’amour et l’espoir.

Thea Lim. Un océan de minutes, de (XYZ, 28 avril).Une grippe virulente se propage en Amérique et entraîne Frank au seuil de la mort. Déterminée à le sauver, Polly fera un pari risqué avec la compagnie TimeRaiser, qui accepte de payer les traitements : emprunter leur machine à voyager dans le temps pour un aller simple de douze ans dans le futur. Un premier roman bouleversant sur le prix de la nostalgie et le courage de regarder devant soi.

Kaie Kellough. Petits marronnages (Boréal, 9 février).

Blaise Ndala. Dans le ventre du Congo (Mémoire d’encrier, 23 février).

CS Richardson. La fin de l’alphabet (Alto, 23 mars).