«Toute la chaleur du Nord»: l’école à fond de train

Photo: Éditions Druide, photomontage «Le Devoir»

Si elle a récemment donné dans le récit de la dernière année de vie de sa mère malade, Maryse Rouy revient à la fiction. Grand bien nous fasse. Avec son nouveau roman, Toute la chaleur du Nord, l’autrice plonge au cœur des années 1930, avec pour trame de fond les wagons-écoles itinérants qui parcouraient les régions du nord de l’Ontario pour scolariser un tant soit peu des enfants de cheminots, de bûcherons, de trappeurs et d’Amérindiens. Le but : contribuer à les sortir de la misère.

Henry, l’un des professeurs de ces classes particulières, est atteint de tuberculose et se voit contraint au confinement en sanatorium. Son épouse, Elizabeth, au passé d’enseignante et à l’âme de pionnière, prendra le relais de ce wagon-école, dont une partie sert aussi de résidence pour elle, sa fillette et sa sœur, qui l’assiste dans le train-train quotidien.

Loin des grands centres, la fréquentation de ce wagon prend l’allure d’une fête pour quelques jeunes dont l’occupation habituelle se résume bien souvent au travail à la ferme ou aux travaux domestiques.

Mais nous sommes en 1933. Le rôle d’une femme aux commandes d’une école, si miniature soit-elle, n’est pas pour plaire à tous. Qui plus est lorsque celle-ci est accompagnée d’une autre femme et d’une enfant, s’exposant ainsi au danger en régions désertiques. C’est toutefois compter sans le dévouement et l’esprit de solidarité inhérents aux habitants des territoires éloignés. Sur toute la chaleur du Nord.

Maryse Rouy nous entraîne à bord du train de l’histoire en décrivant une portion méconnue de la vie dans les terres reculées du Canada, où les wagons-écoles ont roulé de 1926 à 1967. Outre la plume fluide et, ici, instructive de l’autrice, voilà la grande qualité de ce roman.

Un ouvrage basé sur des faits réels et ponctué des lettres de Henry, qui, lui, raconte à sa chère Elizabeth un tout autre épisode marquant de l’époque : le cantonnement au sanatorium de nombreux tuberculeux en attente d’une lointaine guérison, tout sauf assurée. Et en quête d’une certaine chaleur, fût-elle du Nord.

Toute la chaleur du Nord. Une pionnière à l’école sur roues.

★★★

Maryse Rouy, Druide, collection « Reliefs », Montréal, 2020, 256 pages