Chandelle

Photo: Pixabay

Il n’y a pas
de basketball

à la télé ce soir

Je ne manque pas

une partie des Raptors

Chris Boucher

Kyle Lowry

Les espadrilles violettes d’OG

Anunoby

J’aimerais écrire un petit poème

sur chaque maillot de basket des

Raptors :

Vois-tu l’oiseau ?

Il tient deux ballons

Ou bien

Quatre jambes

Les nuages sont en bas

Je dépense

trois cents dollars de matériel

pour fabriquer des bougies

Mes mains au-dessus du four

Je trempe la ficelle dans le pichet

rempli de cire liquide

En bas

En haut

En bas

En haut

La cire s’épaissit lentement

autour de la ficelle

Je suis heureux

comme un gars qui découvre

l’électricité

Le prix Nobel

Le génie

Ça me prend une heure

pour faire deux chandelles

C’est génial

Je dois m’appliquer

Je dois répéter

le même mouvement à la même

vitesse

sinon elles ne sont pas droites

Je suis fatigué

après deux bougies

Les épaules en feu

Je ne sens plus mes bras

Si j’étais un joueur des Raptors

J’écrirais derrière mon maillot :

Respectez les ciriers

J’écris des petits mots

sur mes chandelles

J’imprime les lettres

sur du papier de soie

et je fais fondre le papier

à l’aide d’un séchoir à cheveux

J’écris :

Basketball

sur ma chandelle

J’écris :

J’ai des quintes de toux

Ça m’empêche de dormir

J’écris :

Je pense

À la rentrée scolaire

À tous les parents du Québec

À l’anxiété qu’ils doivent ressentir

De voir leurs enfants partir

Avec leurs p’tits masques

J’écris :

Je n’ai pas hâte

d’arriver à l’hiver

Je n’ai pas hâte

d’être encabané en pleine COVID

Je n’ai pas hâte

de vivre une autre vague

Peut-être encore une autre vague

Pas envie

de revivre le mois de mars

Pas envie

de manger tout seul à Noël

De ne plus voir

mes parents ou mes amis

dans une cour l’été

J’ai peur comme tout le monde

ou en tout cas presque tout le

monde

Selon les statistiques

sur l’espérance de vie

d’une personne atteinte de fibrose

kystique

Il me reste à peu près

dix-neuf ans à vivre

Dans neuf ans c’est la greffe

Et ensuite c’est un répit

de quelques années encore

Peut-être dix ans si je suis

chanceux

Un trois points du centre-ville

les yeux fermés

Le temps perdu à ne pas pouvoir

être ensemble

Serrer ma mère dans mes bras

pendant encore dix-neuf ans

sans virus

C’est un bon deal

Revoir ma sœur

avant qu’elle ne reparte vivre

sur un volcan

Manger des Oreo sur mon balcon

Je pense à tous ces enfants

qui n’ont pas eu les mêmes chances

que moi

Dans le dernier numéro

de la revue Clin d’œil

il y a une rubrique qui parle

de la voyante Sylvia Browne

Il y a des années

Elle a prédit

qu’il y aurait une pandémie

en 2020

Il faut dire

qu’elle a aussi prédit la fin

du rhume en 2010

Si elle était encore vivante

Je lui demanderais

pour les enfants et les adolescents

en soins palliatifs

Je lui demanderais

pour les trois points du centre-ville

Je lui demanderais :

Vois-tu l’oiseau ?

Et elle me dirait peut-être :

Oui

Il tient deux ballons.