La librairie Olivieri ferme ses portes

La crise économique causée par la COVID-19 aura eu raison de la librairie vieille de 35 ans.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir La crise économique causée par la COVID-19 aura eu raison de la librairie vieille de 35 ans.

La librairie montréalaise Olivieri, vieille de plus de 35 ans dans le décor de la métropole, a annoncé mardi matin qu’elle fermait définitivement son magasin et son bistro, notamment en raison de la crise économique engendrée par la COVID-19. Une décision qui attriste l’Association des libraires du Québec (ALQ), qui reste toutefois optimiste pour le monde du livre grâce à la réouverture prochaine des commerces.

L’annonce de la fermeture d’Olivieri, mardi matin, par le Groupe Renaud-Bray, qui avait acquis la librairie indépendante en 2016, a créé un choc chez les habitués de l’endroit. Sur Facebook, le philosophe Daniel Weinstock a décrit mardi le lieu comme une « institution magique et nécessaire », alors que le chroniqueur, essayiste et conférencier Frédéric Bérard a évoqué sur Twitter « un phare de la vie intellectuelle et démocratique québécoise ».

« Il aura fallu la tempête parfaite pour arrêter Olivieri », ont raconté dans une touchante note les deux cofondateurs de la librairie Olivieri, Rina Olivieri et Yvon Lachance. Les vents ont été nombreux sur l’établissement, note en effet le Groupe Renaud-Bray.

D’abord, les nombreux travaux sur le chemin de la Côte-des-Neiges, dans les dernières années, ont nui à la librairie Olivieri, qui anticipe en plus un important chantier à l’adresse voisine : un restaurant Saint-Hubert deviendra une tour à condos. Le brouhaha ne permettra pas l’ouverture de la terrasse « dans le bruit et la poussière », notent les fondateurs, ce qui aurait nui au chiffre d’affaires de l’endroit.

Habitée par la joie de réfléchir et de penser ensemble, la librairie se métamorphosait les soirs d’événement en un lieu magique

 

« La fermeture temporaire de l’établissement le 20 mars dernier, en réaction à la pandémie de COVID-19, a été le dernier clou dans le cercueil de la librairie et du bistro Olivieri », a expliqué Émilie L. Laguerre, directrice des communications du Groupe Renaud-Bray. Ou, dans les mots des deux fondateurs : « Nous avons déjà, par le passé, navigué en terrain hostile, mais cette fois-ci, avouons-le, c’en est une de trop. »

Mme Laguerre explique que la marge de profit des libraires « oscille entre 1 % et 1,5 % », et qu’ils sont des maillons « particulièrement vulnérables dans la chaîne du livre ». L’entreprise a expliqué que le modèle d’affaires de la librairie et du bistro Olivieri « les exposait aux difficultés du secteur de la restauration, du commerce au détail et du livre, ce dernier étant le plus précaire ».

Du côté de l’ALQ, qui ne représente pas Olivieri ni les autres succursales Renaud-Bray, on confirme les faibles marges de ce maillon important du monde du livre. « On a fait une étude il y a quelques années, mais le chiffre doit avoir très peu changé. On avait regardé les états financiers d’une trentaine de membres et c’est à peu près ça, de 1 % à 1,5 % de marge bénéficiaire nette qui se dégage au bout de l’année », estime la directrice générale Katherine Fafard.

Une « catastrophe » à éviter

Renaud-Bray dit avoir demandé de l’aide auprès des gouvernements — « surtout provincial » —, mais les solutions se révélaient être des prêts, qu’Émilie L. Laguerre ne juge pas comme « une solution à long terme pour les librairies ». Des « discussions » ont toujours lieu avec Québec au sujet d’un plan, d’une « garantie » qui n’aiderait « pas juste les libraires, ni juste Renaud-Bray, mais toute l’industrie du livre ».

La chaîne, qui compte une cinquantaine de magasins au Québec, estime que sans aide gouvernementale additionnelle, « Olivieri pourrait ne pas être la seule victime de cette crise », et ce, même si le groupe représente 40 % des ventes de livres au détail dans la province. « Il faut éviter à tout prix que cette catastrophe, pourtant annoncée, ne se reproduise et ne déclenche des fermetures en cascade », affirme Émilie L. Laguerre.

Tout n’est pas rose, admet pour sa part l’ALQ, mais Katherine Fafard refuse de ne voir que du noir. Elle est notamment encouragée par l’annonce des réouvertures prochaines des commerces au détail au Québec, soit le 4 ou le 11 mai, selon leurs situations géographiques.

« Étant donné ce qui est annoncé, je pense que l’hémorragie de fermetures à laquelle on aurait pu s’attendre n’aura peut-être pas lieu », note-t-elle. L’ALQ note aussi que le déconfinement graduel permettra aussi aux commandes gouvernementales auprès des collectivités — comme les bibliothèques publiques et scolaires — d’être finalisées. « On parle de millions de dollars déjà budgétés par Québec et qui restent à être dépensés. Ça va être une bouffée d’oxygène. »

Olivieri, une librairie « exigeante, peu encline au compromis », selon ses fondateurs, fermera donc ses portes « radieuse et plus belle que jamais », car l’endroit avait subi des rénovations importantes. « Habitée par la joie de réfléchir et de penser ensemble, la librairie se métamorphosait les soirs d’événement, en un lieu magique, ont écrit Rina Olivieri et Yvon Lachance. Ces soirs, nous en avons été témoins, représentaient ce qui nous manque le plus aujourd’hui et ce qui fait qu’une ville est autre chose qu’un lieu de proximité abstraite : un lieu avec une âme. »

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