«Soon»: fuir la catastrophe

Détail d’une planche de «Soon»
Photo: Dargaud Détail d’une planche de «Soon»

Personne ne peut se réjouir de ce qui se passe actuellement à l’échelle planétaire. Mais quiconque est un amateur de science-fiction, peu importe sa forme, n’est pas vraiment surpris puisque la pandémie fait partie de ces fameux scénarios catastrophes si souvent évoqués par le genre. Et c’est compréhensible puisque ce genre de crise à grande échelle a pour effet de servir de révélateur au caractère humain, dans tout ce qu’il a de bon et, surtout, de moins bon.

Évidemment, il serait bien trop facile, et un tantinet malhonnête, que d’adopter la position du « je vous l’avais bien dit ». Et pourtant, à la lecture de Soon, une bédé signée par les Français Thomas Cadène et Adam Benjamin (pour le scénario, alors que Benjamin fait aussi les dessins), on aurait presque envie de donner à ses auteurs un peu la permission de le faire tellement ils auraient pu viser juste avec ce scénario postapocalyptique.

Pour l’histoire, on est en 2151 et la population mondiale a été décimée à la suite de catastrophes provoquées par les changements climatiques. Après être passée, aussi, par une pandémie et une guerre dévastatrice, l’humanité a dû réapprendre à vivre avec moins de ressources. Mais oubliez les films catastrophes à la Mad Max où tout le monde a l’air de vivre un fantasme BDSM en plein milieu du désert. Non, car on est encore capable d’idéaux et qu’on fait plutôt dans le projet à long terme, alors qu’une poignée d’individus, dont la majorité est à l’adolescence, s’apprête à partir pour coloniser Proxima B, une planète située à 32 ans de vol spatial. C’est loin en titi.

Bien évidemment, cette vaste mise en scène sert de trame de fond à une histoire se déroulant beaucoup plus à l’échelle humaine : celle d’un fils, Youri, qui n’accepte pas le départ de sa mère, Simone, commandante du projet, qu’il ne reverra jamais une fois qu’elle sera partie. Et celle-ci, prise entre son désir de sauver l’humanité et celui de ne pas quitter son fils, l’invite à un tour du monde, ou de ce qu’il en reste, quelques jours avant son départ, histoire de profiter de ces derniers instants. Et, vous vous en doutez, cela ne se passe pas aussi bien qu’elle l’aurait souhaité.

Le scénario manque un tout petit peu de clarté et aurait pu être raffiné (c’est minime, mais il y a un certain manque d’équilibre entre la trame de fond et l’intrigue principale), mais le dessin, lui, est créatif et éclaté, usant d’une esthétique à la fois rétro et moderne. Avec un petit côté organique qui évite à Benjamin de tomber dans une forme de rigidité technique dont on a trop souvent abusé dans le genre.

Surtout, la question de fond demeure pertinente : d’où vient ce désir de conquête de l’inconnu ? De repousser les limites ? Pourquoi aller sur la Lune quand des gens meurent de faim ? La réponse facile : parce qu’on peut. Pour la plus compliquée, Soon représente un bon point de départ. 

Soon

★★★ 1/2

Benjamin Adam et Thomas Cadène, Dargaud, Paris, 2020, 240 pages