«Pastorale»: folies champêtres

Image: Éloïse d’Ormesson

Au bord d’un lac du nord de la Finlande, une petite communauté semble vivre au rythme de la nature. Quelques vieillards, une nièce expédiée de la ville le temps des vacances — et de déniaiser un adolescent local. Un jeune couple, Aatu et Elina, qui s’y sont installés il y a quelques années, dans un élan idéaliste de retour à la nature.

C’est le décor vivant de Pastorale d’Aki Ollikainen, le même qui nous avait donné La faim blanche (La Peuplade, 2012), récit impressionniste campé à l’époque de la grande famine qui a frappé la Finlande en 1867. Le temps y semble figé, aussi calme que la surface du lac à l’aube. Mais rien n’est moins vrai. Ça grouille, ça remue.

Aux yeux d’Elina, par exemple, Aatu semble s’être fondu dans le paysage, obsédé qu’il est par ses moutons — un berger, pense-t-elle. Elle ne se souvenait qu’il était humain que quand elle s’éveillait au petit matin, seule dans leur lit. « Elina trouvait son homme à la table de la cuisine, changé en plante, qui s’arrosait lui-même au brandy bon marché. » L’ennui, le doute, la grisaille et un désir sexuel inassouvi lui suggèrent de quitter les lieux.

Dans l’ombre, insectes et animaux sont aussi des personnages. Un loup solitaire qui rôde autour des moutons, des larves de libellules, un vénérable brochet nommé Kronos — et qui comme le Titan de la mythologie n’hésite pas à gober sa progéniture. Sans oublier quelques corbeaux, qui voient et qui entendent tout.

Jusque sur leurs papilles, les vieux cultivent le souvenir de temps plus difficiles. En buvant du succédané de café, fait à partir de racines de chicorée, de pissenlit ou d’épilobes broyées. En coupant du bois ou en faisant chauffer le sauna.

En Finlande, le sauna est une sorte de religion qui enveloppe tout. On y naît, on s’y accouple, on y meurt aussi parfois. On se souviendra longtemps de cette scène magnifique du roman où un vieil homme y lave avec tendresse sa femme qui perd peu à peu la raison.

À petites touches, Aki Ollikainen met en scène le mouvement circulaire de la vie. Un tableau qui pourrait être bucolique, mais où on voit quand on s’approche crevasses et zébrures qui nous rappellent « que les êtres humains sont des créatures trop compliquées pour jouir de la simplicité ».

Pastorale

★★★ 1/2

Aki Ollikainen, traduit du finnois par Claire Saint-Germain, Éloïse d’Ormesson, Paris, 2020, 142 pages