«Sacrées sorcières»: sacrée relecture!

Une planche tirée de «Sacrées sorcières»
Photo: Gallimard Une planche tirée de «Sacrées sorcières»

L’autrice française Pénélope Bagieu fait de la bédé depuis une douzaine d’années, mais c’est avec les deux tomes de Culottées, de courts portraits de femmes ayant su braver les interdits sociaux, publiés en 2016 et en 2017, qu’elle est devenue une véritable jeune vedette du genre. Alors, quoi de mieux, pour se garder en forme, que de s’attaquer à un immense classique de la littérature pour enfants pour son projet suivant ? Un pari risqué.

Pénélope Bagieu a adapté son livre jeunesse préféré (et celui de plusieurs enfants), le très sombre The Witches (Sacrées sorcières), du gigantesque Roald Dahl, illustré magnifiquement par Quentin Blake et publié originalement en 1983. Un projet de longue haleine et risqué (n’adapte pas l’œuvre de Dahl qui veut), pour lequel les négociations pour les droits ont commencé pendant le travail sur Culottées pour aboutir juste après la publication du dernier tome. Notons que c’est la descendance de Dahl qui a approché Pénélope Bagieu, durant le festival d’Angoulême.

 

En tout, c’est un processus qui aura mis trois ans à aboutir, ce qui aura permis à l’autrice de bien réfléchir à la manière dont elle allait aborder ce projet qui, soyons honnêtes, aurait pu bien mal tourner, comme cela peut arriver lorsqu’il est question de l’adaptation d’une œuvre majeure.

Heureusement, le projet ayant été abordé avec intelligence et respect, les choses ont plutôt bien tourné. De fait, Pénélope Bagieu réussit à faire sienne cette histoire, celle d’un jeune garçon orphelin vivant avec sa grand-mère qui se retrouve en vacances dans un hôtel rempli de sorcières. Des vraies de vraies, du genre de celles qui mangent les enfants.

Oui, elle avoue avoir joué avec l’idée de remplacer le héros par une jeune fille (une question légitime à notre époque), mais elle s’est refusée à le faire, jugeant que la relation entre la grand-mère et son petit-fils, élément crucial de ce récit, risquait de trop en pâtir. Et si elle se permet de féminiser un personnage, c’est fait sans trahir l’esprit original du roman.

Pour ce qui est des dessins, il est difficile de ne pas faire la comparaison avec le travail original de Quentin Blake, qui a illustré plus de 300 livres pour enfants, dont 18 écrits par Dahl. Ce qui sauve Pénélope Bagieu, ici, c’est le fait qu’elle ne se souvenait pas tant des illustrations originales. Elle a donc réussi à se détacher de l’œuvre initiale pour en faire quelque chose qui lui ressemblait plus, sans trahir l’élan du récit. Cela passe, par exemple, par une palette presque fauve à certains endroits ; des couleurs plus marquantes que dans le travail de Blake, qui travaille l’aquarelle, ce qui donne, dans son cas, des illustrations plus éthérées.

Une excellente adaptation, autant pour une première lecture chez les plus jeunes que pour un retour un peu nostalgique chez les lecteurs qui ont fréquenté l’œuvre dans leur jeunesse. Le pari est parfaitement relevé !

 

Sacrées sorcières

★★★★

Pénélope Bagieu, d’après l’oeuvre de Roald Dahl, Gallimard, Paris, 2020, 304 pages