«Jimi Hendrix, la totale»: la trajectoire du météore

Jimi Hendrix aurait-il pu donner vie à une œuvre encore plus riche et créative s’il n’était pas mort prématurément?
Photo: Agence France-Presse Jimi Hendrix aurait-il pu donner vie à une œuvre encore plus riche et créative s’il n’était pas mort prématurément?

Que serait-il devenu ? Qu’aurait-il accompli de plus ? Aurait-il pu donner vie à une oeuvre encore plus riche et créative ? Les questions reviennent invariablement dans toute discussion entre fans de Jimi Hendrix, le « météore de la musique », le génial guitariste consumé par les travers de son époque et mort plus que prématurément, à 27 ans.

Il faut dire qu’avant cette triste journée du 18 septembre 1970, après à peine trois albums studio, le prodige de Seattle songeait plus que jamais aux suites à donner à son œuvre musicale déjà largement reconnue, admirée et enviée.

« Je crois que je suis un meilleur guitariste qu’avant. Mais je dois en apprendre plus sur la musique », confiait-il au Melody Maker, peu de temps avant la fin. « Je ne veux pas jouer énormément de guitare. Je veux que d’autres musiciens jouent mes compositions. Je veux développer l’écriture. Je ne sais pas encore où elle s’en va, mais je vais trouver une voie. Et je ne ferai pas beaucoup de spectacles, parce que je veux développer le son », ajoutait Hendrix, évoquant la formation prochaine d’un véritable big band dont il se voyait le chef d’orchestre.

Il en avait plus qu’assez des courbettes scéniques, acrobaties de ses premières années pour épater le public. Il n’y a qu’à voir sa lassitude, 18 jours avant sa mort, au festival de l’Isle of Wight. Maigrelet et usé, il laisse carrément tomber sa guitare par terre en quittant la scène. Dernier témoignage vidéo de sa trop brève carrière.

Jimi Hendrix, donc, était déjà ailleurs. Il rêvait de se consacrer à la création pure, dans son tout nouveau Electric Lady Studios, à New York. Et on sait qu’il aurait très certainement pu repousser les limites, aller beaucoup plus loin et faire mûrir une oeuvre musicale à la hauteur de son talent hors norme et hors du temps.

Déjà, avec son troisième album, le formidable Electric Ladyland, il a démontré qu’il pouvait léguer au monde une pièce d’anthologie, l’aboutissement d’un « intense » travail en studio, soulignent à juste titre les auteurs de Jimi Hendrix, la totale : les 119 chansons expliquées, ouvrage riche sur (presque) tout ce que le guitariste a pu enregistrer de son vivant.

Les albums studio y passent, bien sûr, mais aussi la kyrielle de disques sortis après 1970, avec parfois des résultats malheureux, puisque le guitariste lui-même n’a jamais donné son accord à la publication. Mais comme il était particulièrement prolifique, certains y ont vu une occasion d’empocher de belles sommes. On connaît la chanson.

Il est par ailleurs plus qu’intéressant de lire, au fil des quelque 600 pages, la genèse de certains enregistrements live devenus, par la force des choses, des monuments de la musique. C’est le cas de Band of Gypsys, enregistré au fil de quatre spectacles au Fillmore East de New York, au tournant de l’année 1969-1970, du Live At Woodstock ou encore du décoiffant Jimi Plays Monterey, la prestation qui lança sa carrière américaine.

Que serait-il devenu ? Où serait-il allé ? On ne le saura jamais, malheureusement. Mais l’œuvre existante parle d’elle-même, heureusement.

 

Les 119 chansons expliquées

Jean-Michel Guesdon et Philippe Margotin, E/P/A, Vanves, 2019, 592 pages

 

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