«Quand la forêt brûle»: forêts en feu et fin du monde

Ce que la philosophe française Joëlle Zask appelle les «mégafeux» sont des phénomènes planétaires sans précédent qui ravagent les forêts.
Photo: Chip Somodevilla Agence France-Presse Ce que la philosophe française Joëlle Zask appelle les «mégafeux» sont des phénomènes planétaires sans précédent qui ravagent les forêts.

« Nous sommes au début d’une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c’est d’argent et des contes de fées de croissance économique éternelle ? »

Ce reproche sur un ton interrogatif empreint de colère que la jeune militante suédoise Greta Thunberg adressait aux dirigeants du monde, à l’ONU en septembre dernier, nécessite, pour ne pas apparaître comme une outrance, des explications. L’essai de Joëlle Zask, Quand la forêt brûle, contribue à en fournir une.

La philosophe française y classe la grève des jeunes pour le climat, lancée en Europe par Greta Thunberg, parmi les « mouvements les plus touchants et les plus justes ». Cette grève répond à ce qu’elle appelle, avec les scientifiques, les « mégafeux », phénomènes planétaires sans précédent qui ravagent les forêts, de l’Ouest canadien à l’Amazonie en passant par l’Espagne et le Portugal. « Seraient-ils, se demande-t-elle, les signes les plus visibles de l’ère de l’anthropocène dans laquelle nous serions entrés ? »

« Anthropocène », voilà le mot-clé qui, inventé par l’Américain Eugene F. Stoermer et le Néerlandais Paul Crutzen, un colauréat du prix Nobel de chimie en 1995, permet de comprendre pourquoi Greta Thunberg dit que « nous sommes au début d’une extinction de masse ». L’anthropocène désigne la période géologique où le facteur humain, à la suite de la révolution industrielle, est, depuis deux siècles, devenu décisif dans l’évolution de l’écosystème, au point de provoquer une hausse de la température qui risque de mener à l’hécatombe planétaire.

L’adolescente suédoise est elle-même apparentée à un autre Prix Nobel de chimie, son compatriote Svante Arrhenius (1859-1927), qui, lauréat en 1903, détermina l’importance de l’effet de serre sur le réchauffement climatique. Joëlle Zask signale d’ailleurs que les récents « mégafeux » émettent « des quantités considérables de gaz à effet de serre ».

L’essayiste française souligne avec raison que le réchauffement du climat et la sécheresse qui l’accompagne « arrivent largement en tête des causes » du nouveau phénomène des gigantesques incendies de forêt déclenchés par simple contact de la chaleur extrême avec la végétation déshydratée.

Si les feux de forêt « normaux » étaient, précise-t-elle, « non seulement inévitables, mais en outre utiles » aux écosystèmes, les « mégafeux », fruit du dérèglement climatique, ne le sont plus.

Joëlle Zask conclut que ces incendies apocalyptiques, propres à l’anthropocène, renversent « l’échafaudage de nos constructions mentales » puis, « conséquence d’un état social hiérarchisé et fondamentalement inégalitaire », appellent à « une transformation des rapports sociaux, propice à l’égalité des participants et à l’intelligence collective ». Elle fait écho à la voix déchirante de Greta Thunberg où le fantôme du grand dramaturge suédois August Strindberg se profile.  

Extrait de «Quand la forêt brûle»

Cet essai propose de recourir au phénomène du mégafeu comme à un poste d’observation et à un « accélérateur d’opinion » en faveur d’une action commune pour la sauvegarde, non de la Terre qui nous survivra, mais des conditions d’existence humaine.

Quand la forêt brûle. Penser la nouvelle catastrophe écologique

★★★★

Joëlle Zask, Premier Parallèle, Paris, 2019, 208 pages