Célébrer les mille et un possibles des enfants

«Une bonne œuvre, qu’elle soit pour enfants ou adultes, c’est une bonne œuvre», martèle Simon Boulerice.
Photo: Alice Chiche «Une bonne œuvre, qu’elle soit pour enfants ou adultes, c’est une bonne œuvre», martèle Simon Boulerice.

Orchestré par Simon Boulerice, fier porteur et passeur de la littérature et du théâtre jeunesse, Les Mots Parleurs, c’est avant tout une journée d’immersion au coeur de l’écriture sous toutes ses formes. Conviés à explorer, à tâter, à faire exploser leur imaginaire, les enfants s’expriment et se découvrent mille et un possibles à travers la poésie, le conte, la prose, la chanson et le théâtre.

Pour le maestro de l’événement, offrir une tribune aux enfants, un tremplin pour que puisse surgir leur imaginaire est un acte précieux. « Je considère qu’on se révèle beaucoup par l’écriture. Je donne souvent des ateliers, et c’est rare que, dans un texte, je ne trouve pas une fulgurance, une image forte. Dans ces moments-là, j’ai l’impression que l’enfant ne s’est pas censuré de son humour, de son délire, de sa folie, de sa tristesse, de sa rage aussi. Le 28 septembre, on va assister à quelque chose de fragile, mais aussi de très beau », poursuit-il.

Coproduite et coconceptualisée par La Maison Théâtre — Sophie Labelle en tête — et le Festival international de la littérature (FIL), la deuxième édition des Mots Parleurs empruntera des sentiers déjà balisés. « Ce qu’on avait envie de créer, c’est un événement pour les enfants dans lequel on voulait révéler leur créativité à travers l’écriture. Cette année, on reprend une recette que je considère comme gagnante », nous confie Simon Boulerice en entrevue. Le menu de la journée s’avère d’ailleurs appétissant.

Après les ateliers d’écriture faits en matinée en compagnie d’auteurs de divers horizons — Joséphine Bacon et Laure Morali, Benoît Archambault, Franck Sylvestre, Julie-Anne Ranger-Beauregard et Boulerice —, les enfants pourront assister à un combat d’illustrateurs aux Jardins Gamelin. Jacques Goldstyn, Guillaume Perreault, Cara Carmina, Marianne Ferrer seront de la joute animée par Catherine Trudeau.

L’après-midi laisse quant à lui place à la célébration de la parole des enfants. Bien installés sur les bancs de La Maison Théâtre, ces derniers assisteront à une mise en lecture de leurs textes par Florence Longpré, Sébastien René et Simon Boulerice tandis que Benoît Archambault ajoutera à l’ambiance sur scène en improvisant quelques morceaux au clavier.

Et, pour les petits qui ne sauraient pas écrire ou n’en auraient pas envie, Claudia Larochelle et Mireille Levert seront là pour lire des histoires alors que Patsy Van Roost invitera le public à produire une oeuvre collective dans le hall de la Maison Théâtre.

Célébrer la littérature

Si cette journée se veut avant tout une invitation à s’exprimer, à jouer avec les mots de différentes façons, elle participe aussi beaucoup à rendre le théâtre accessible. Pour Simon Boulerice, ouvrir gratuitement les portes de La Maison Théâtre contribue à démocratiser non seulement l’art, mais le lieu. « Il y a plein de gens qui sont intimidés dans la vie. Moi, je l’ai été souvent. On a toujours peur d’être un imposteur, un intrus. Entrer dans un théâtre quand on n’y est pas habitué, c’est intimidant. Le musée, ça peut l’être aussi, tout comme l’opéra. Il y a plein de lieux comme ça. Mais à partir du moment où c’est accessible, gratuit en plus, tu entres et tu apprivoises. » Il faut combattre notre sentiment d’être illégitime dans ce lieu-là, souligne-t-il.

En accordant une place à une littérature qui n’a pas toujours eu le respect attendu, le FIL, longtemps considéré selon Boulerice comme un événement un peu pointu, déplace le projecteur et inscrit la littérature jeunesse dans LA littérature. « Je suis ravi qu’il y ait en même temps dans ce festival — qui est cette année hyperféministe — un spectacle d’ouverture qui m’enthousiasme énormément, soit celui consacré à Nelly Arcan et à Sylvia Plath, qui sont pour moi deux grandes écrivaines, et, de l’autre côté, de la littérature jeunesse. » Le fait de faire se côtoyer des univers aussi distincts, mais unis dans un même esprit créatif, contribue en quelque sorte à décomplexer notre rapport à ce qu’est et devrait être la littérature.

« La littérature jeunesse peut avoir une dimension éducative, mais c’est de la littérature, point. C’est de la création, point. Quand j’ai commencé à écrire, je le faisais à la fois pour les deux lectorats, et un collègue m’avait demandé pourquoi je perdais mon temps à écrire pour les jeunes quand j’avais ce qu’il faut pour écrire pour les adultes. Aujourd’hui, on pourrait me dire ça, mais avec moins de condescendance. Une bonne oeuvre qu’elle soit pour enfants ou adultes, c’est une bonne oeuvre. »

D’ailleurs, le roman qu’il a préféré l’an passé, tous genres et lectorats confondus, c’est Ferdinand F., 81 ans, chenille, de Mario Brassard, un roman jeunesse paru chez Soulières, précise Simon Boulerice. « J’ai vraiment l’impression que c’est un bon coup du FIL d’ouvrir comme ça plus vaste, d’embrasser la jeunesse. J’ai envie de révéler la créativité des enfants, mais aussi de valoriser la littérature jeunesse et de la défendre constamment. »

Les Mots Parleurs

Organisé par La Maison Théâtre et Le FIL et orchestré par Simon Boulerice. Le 28 septembre à La Maison Théâtre de 9 h 30 à 14 h 30.