L’imaginaire autochtone et le nôtre

Sitting Bull, autour de 1885
Photo: Bibliothèque et Archives Canada Sitting Bull, autour de 1885

La mésentente entre le maire d’Oka et le chef de la communauté des Mohawks (ou des Agniers, comme disaient nos historiens) de Kanesatake témoigne de l’incompréhension qui existe entre nous et les Premières Nations. Nous avons pourtant durant des siècles cheminé avec ces peuples, au point de participer intimement à leur imaginaire. L’arrière-petit-fils et biographe de Sitting Bull, le célèbre Sioux, ne s’appelle-t-il pas Ernie LaPointe ?

Dans l’introduction de la biographie de son bisaïeul qui s’appuie sur la tradition familiale, livre publié à Paris, traduit par Alice Boucher et présenté par la romancière française Claire Barré, LaPointe écrit : « Il est temps, je pense, que ce soit nous, les autochtones, qui évoquions les récits qui nous concernent. » Comment ne pas s’indigner de la présence de Sitting Bull, comme figurant, dans le Buffalo Bill’s Wild West Show de 1885, spectacle qui annonce Hollywood ?

 

Sitting Bull (« Bison assis »), né vers 1831 aux États-Unis et tué là-bas en 1890, est, signale LaPointe, la traduction inexacte de Tatanka Iyotake, qui dans la langue des Lakotas, une nation du groupe ethnique sioux, signifie « Bison qui s’assoit ». Cette nation vit au Dakota du Sud, au Dakota du Nord et derrière la frontière canadienne avoisinante. Notre coureur des bois Radisson fut le premier Blanc à voir des Sioux.

 

Au cours de la tournée foraine de 1885, Sitting Bull se fait insulter par la foule yankee tandis que l’on rappelle qu’il est le responsable, comme guerrier indomptable, de l’humiliante défaite de la cavalerie américaine en 1876 à Little Bighorn, au Montana, et de la mort du renommé George Armstrong Custer, qui la commandait. LaPointe relate que son bisaïeul, alors figurant, « donna la totalité de l’argent qu’il gagnait aux petits enfants blancs vêtus de haillons qui mendiaient ».

Le biographe explique qu’en plus d’avoir été un guerrier redoutable, Sitting Bull fut un chef, un visionnaire, un guérisseur rempli de compassion. Il explique aussi que, chez les Sioux, les enfants sont ceux que la société protège, indistinctement, et que la guerre fait partie de la spiritualité ethnique, comme un jeu sacré. Cette spiritualité, précise LaPointe, « n’est pas une religion, c’est une manière de vivre ».

Sitting Bull est l’ancêtre spirituel du fameux militant autochtone américain Leonard Peltier, qui, malgré l’appel de l’Union européenne à la clémence, croupit encore en prison aux États-Unis après avoir été condamné sans preuve pour l’assassinat en 1975 de deux agents du FBI. Peltier tire « une véritable fierté » de son sang canadien-français, l’élevant au même degré que celui de ses ancêtres sioux et ojibwés.

Pour réveiller l’alliance endormie entre le Québec et l’Amérique autochtone, devrait-il, comme Sitting Bull, exécuter jusqu’à l’épuisement, les pieds nus ensanglantés, la danse sacrée du soleil ?

Sitting Bull Sa vie, son héritage

★★★ 1/2

Ernie LaPointe, traduit de l’américain par Alice Boucher, Flammarion, Paris, 2019, 194 pages