«Six-coups»: ce revolver dont Eliot n’a que faire

Cette bédé a pour cible le deuxième amendement de la Constitution: un six-coups laissé entre toutes les mains, c’est fou comme ça troue.
Photo: Dupuis Cette bédé a pour cible le deuxième amendement de la Constitution: un six-coups laissé entre toutes les mains, c’est fou comme ça troue.

C’est pas de chance. Depuis le temps que le gentil shérif Barrel rêvait d’apprendre au fiston le noble maniement du Smoothie-Wesson à six coups, la leçon de tir s’avère amère : Eliot n’aime pas les armes. Tout le contraire de Bianca, fillette en haillons toujours accompagnée d’un lardon, qui rêve de duels, fusillades et autres sports vivifiants de son âge.

Ailleurs dans la petite ville du Far West, un ado et sa grande soeur, cambrioleurs en devenir, s’associent avec un inquiétant barbu, moitié magicien, moitié pickpocket.

Un grand événement vient troubler cette quiétude : un certain monsieur Crunch, promoteur de spectacles, vient présenter sa grande attraction : The Big Crush. Une collision de train, rien de moins.

Sans danger, bien évidemment. À peine déplore-t-on les bâtisses éventrées par les débris, les 37 blessés, les 3 morts (dont le papa de Bianca) et l’oeil que perd le photographe pionnier (monsieur Lens).

Bien sûr qu’il y a du Goscinny dans cette histoire truffée de plomb, on rigole presque autant que chez les Dalton, mais plutôt jaune par moments. C’est la même Amérique des entrepreneurs rois, des braqueurs et des manieurs de Smoothie-Wesson (dont une aïeule qui a la pétoire leste), à cela près que la cruauté n’est pas caricaturale et les dommages non collatéraux.

Cette bédé, comprend-on, a pour cible le deuxième amendement de la Constitution : un six-coups laissé entre toutes les mains, c’est fou comme ça troue.

En trame de ce drôle de western réinventé, on assiste à un véritable choc des générations. Le couple Anne-Claire et Jérôme Jouvray a trouvé dans l’Ouest stéréotypé de John Ford tout l’espace nécessaire pour explorer, versant tendre et versant violent, les choses de la vie : le monde tordu des adultes, les relations parentales, les amitiés d’enfants et l’amour des animaux de compagnie. Entre les massacres. Faut rigoler, quand même.

Six-coups - 1. Le crash de monsieur Crunch

★★★ 1/2

Anne-Claire Thibaut-Jouvray et Jérôme Jouvray, Dupuis, Paris, 2019, 48 pages