Le Salon international du livre de Québec renvoie son p.-d.g.

Philippe Sauvageau était suspendu de ses fonctions de président-directeur général depuis le 16 avril dernier.
Photo: Yan Doublet Le Devoir Philippe Sauvageau était suspendu de ses fonctions de président-directeur général depuis le 16 avril dernier.

Le Salon international du livre de Québec (SILQ) a annoncé jeudi le renvoi immédiat de son président-directeur général des 21 dernières années, Philippe Sauvageau. La décision a été prise la veille à l’analyse des résultats de l’enquête interne sur la gouvernance de M. Sauvageau par le conseil d’administration. Une enquête propulsée par une série de reportages du Journal de Québec sur des écarts de gouvernance et des dépenses injustifiées.

Le SILQ en arrive à cette décision après avoir constaté des « irrégularités dans la gestion financière et opérationnelle », une utilisation « abusive et non justifiée des fonds du SILQ », « un manque de transparence » et des questions persistantes sur un possible conflit d’intérêts dans l’octroi de contrats.

M. Sauvageau était suspendu temporairement de ses fonctions, avec son plein salaire d’environ 70 000 $ par année, depuis le 16 avril dernier. Il a confié à Deveau Avocats le mandat de contester son congédiement. Comme « le présent dossier va se judiciariser, nous ne pouvons émettre aucun commentaire », a complété son avocate, Dominique Bourgie.

 Il n’y a pas eu de fraude massive, mais plein de dérives et d’opérations douteuses répétées au fil des années, tant au niveau des ressources humaines, de la gestion financière, que des dépenses

De son côté, le SILQ a déjà entrepris une refonte complète et radicale de sa gouvernance et de ses règlements, « incluant l’abolition du comité exécutif et la mise sur pied d’un comité de finances et d’audit, de gouvernance et d’éthique et de ressources humaines ». « On va réduire le nombre de sièges sur le CA et le rendre paritaire, précisent John R. Porter, président du CA par intérim, et Francine Grégoire, qui forment à eux deux le comité-conseil spécial. On va proposer quelque chose de raisonnable, sans lourdeur, mais qui permette toujours une vigie. » Le concours pour trouver le prochain directeur général sera lancé très bientôt. En attendant, Daniel Gélinas occupe le poste par intérim.

Opacité et contrôle

Le comité-conseil du SILQ, composé de M. Porter et de Mme Grégoire, et soutenu par la firme Malette et des juristes, a conclu à une « gestion déficiente de l’organisation et [des] pratiques administratives incompatibles avec les responsabilités » qui étaient dévolues à M. Sauvageau. « Il n’y a pas eu de fraude massive », a détaillé de vive voix M. Porter au Devoir, « mais plein de dérives et d’opérations douteuses répétées au fil des années, tant au niveau des ressources humaines, de la gestion financière, que des dépenses. »

Dans son enquête, Le Journal de Québec nommait en avril dernier des voyages répétés — à neuf reprises — et injustifiés au Bénin, assortis de lourdes dépenses ; un contrat du SILQ en reliure d’art octroyé à la conjointe de M. Sauvageau, en dépit du conflit d’intérêts ; une gestion douteuse et coûteuse en ressources humaines, entre autres.

Comment se fait-il que la situation ait pu tant perdurer ? « Ça a été rendu possible par un cadre réglementaire obsolète, datant des années 1980, explique M. Porter. Le p.-d.g. se considérait [comme étant] plus important que le président du CA ; il occupait le 15e siège du conseil ; il était membre de tous les comités. Le cadre réglementaire mis en place par lui-même lui donnait toutes libertés, et il en a profité. Il n’y a rien de pire qu’une opacité latente et des pratiques qui se sont institutionnalisées et répétées au fil des ans. C’était relativement insaisissable », estime M. Porter, habitué des conseils d’administration, mais pour qui ce cas reste « du jamais vu ».

« C’est un problème en gouvernance quand vous êtes toujours présent. Je vous donne un exemple : le CA au cours de ce dossier s’est trouvé à demander un huis clos pour discuter de l’emploi de M. Sauvageau pendant l’enquête. On lui a demandé de sortir. Il a protesté par écrit ensuite, en arguant que c’était lui, le responsable des emplois… »

« C’est très frustrant et choquant de voir de telles pratiques [être] perpétuées, mais surtout de voir que, pendant toutes ces années, la petite et dévouée équipe du SILQ a été malmenée par ces pratiques. Le SILQ tient grâce à un personnel et à des bénévoles que M. Sauvageau a laissés volontairement dans l’ombre. Nous tournons la page, nous nous dirigeons vers un nouveau SILQ, renouvelé, et qui va respecter les personnes — pas seulement l’équipe, mais les auteurs, les éditeurs, les gens du livre, les visiteurs… et les cadres réglementaires », a conclu le président par intérim.