«La quête d’Albert»: le calme des ruelles

Isabelle Arsenault signe une ode à l’imagination des enfants, à leur capacité de transformer la banalité du réel en fête de tous les instants.
Photo: Isabelle Arsenault Isabelle Arsenault signe une ode à l’imagination des enfants, à leur capacité de transformer la banalité du réel en fête de tous les instants.

Gêné dans sa lecture par le bruit de la maisonnée, Albert trouve refuge dans la ruelle où traîne, parmi différents objets, une toile sur laquelle est peint un bord de mer au crépuscule. Bien installé devant cet horizon de fortune, le gamin a à peine le temps d’ouvrir son livre que Colette, Maya, Tom, Jimmy, Berthe et toute la bande envahissent son espace. En peu de temps, musique, rires, danse et jeux divers transforment son petit havre de paix en plage animée.

À l’instar du premier titre paru dans la série La bande du Mile-End, La quête d’Albert est une véritable ode à l’imagination des enfants, à leur capacité de transformer la banalité du réel en fête de tous les instants. Écrit et illustré par Isabelle Arsenault, chacun des tomes nous convie à découvrir de façon plus intime le quotidien d’un des personnages du joyeux clan urbain.

Alors que L’oiseau de Colette nous présentait une fillette lumineuse, dynamique et colorée, ce deuxième opus met en scène un garçon rêveur, calme et contemplatif. Le rythme de l’histoire épouse la nature du héros mis en scène. Ainsi, alors que tout bougeait rapidement dans le monde de Colette, le besoin de calme ressenti par Albert, celui de retrouver un peu de solitude dans tout le brouhaha, dépeint toute la poésie qu’il porte en lui.

Cette personnalité solitaire et rêveuse est palpable dès les premières planches, lorsqu’il pose les yeux sur ce fameux tableau. La ruelle et tout ce qu’elle contient disparaissent pour laisser place à ce soleil couchant et à cette ambiance paisible des soirées d’été. Moins abondant que dans l’univers de la volubile Colette, le texte est par ailleurs ici peuplé de nombreux silences qui épousent le caractère réservé d’Albert.

Couleur de l’évasion

Ces silences sont portés par le trait évocateur, sensible et toujours aussi touchant d’Isabelle Arsenault. Elle parvient, avec peu de couleur et une ligne épurée, à asseoir la personnalité de chacun des enfants, à créer en définitive un tableau vivant et identifiable.

Si le jaune dominait dans L’oiseau de Colette — symbole de la joie de vivre et de la créativité de la fillette —, le bleu vert tendre est partout dans le monde d’Albert. Son livre, d’abord, puis la mer, la poussette de Berthe, tout comme le petit pâté de maisons où il habite, tout ce qui évoque l’évasion, le jeu, le rêve est peint de cette teinte pastel. Représentatif aussi du calme du garçon, le turquoise qui domine la page couverture prédispose le lecteur à entrer dans la bulle apaisante d’Albert.

Dans le premier tome, l’arrivée de Colette dans le Mile-End était prétexte à faire découvrir cette face cachée et animée de la ville, celle du quotidien des enfants, des cours qui se décloisonnent pour n’en faire qu’une.

Dans ce second titre, la ruelle sert encore le décor, bien sûr, mais le monde rêvé d’Albert lui donne une tout autre allure. Une façon, peut-être, pour l’auteure et illustratrice de se rapprocher de son Sept-Îles natal, de cette mer qu’elle a quittée il y a un moment déjà. Quoi qu’il en soit, la ruelle reste le lieu de tous les possibles.

Extrait de «La quête d’Albert»

Aahh ! Tout ce BRUIT… Ça suffit ! Je vais lire ailleurs — Oh là ! C’est un peu salissant… Je pense que ce serait mieux dans la ruelle. Salut Albert ! — Tu veux jardiner avec nous ? — Non, merci. Je lis, ça va. — Ok… Comme tu veux ! — Albert ! Te voilà ! Tu veux jouer au badminton avec moi ? — Non, merci. Je lis. — Allons, tu ne fais rien du tout ! — Tom ! Je vais jouer avec toi, moi ! Ah ! Super ! — Oh ! Albert ! Pourrais-tu surveiller Victoria pendant que je vais chercher mon chat, s’il te plaît ? — Non, merci. Je… — Merveilleux ! Je reviens tout de suite ! 

La quête d’Albert

★★★★

Isabelle Arsenault, La Pastèque, Montréal, 2019, 40 pages.