«Les pilleurs à moteurs»: une missive convoitée

Guillaume Perreault publie le deuxième titre de la série présentant avec une candeur assumée le quotidien d’un homme solitaire dans un décor de science-fiction.
Photo: La Pastèque Guillaume Perreault publie le deuxième titre de la série présentant avec une candeur assumée le quotidien d’un homme solitaire dans un décor de science-fiction.

Employé du mois à plusieurs reprises, Bob le facteur interplanétaire entame une nouvelle journée avec une aisance et une énergie enviables. Mais ce matin, non seulement son patron n’a qu’une seule petite lettre à lui faire livrer, mais il lui impose une stagiaire.

D’abord tracassé, puis embêté par cette présence importune, Bob apprend à se décoincer tout au long de ce trajet qui tourneen véritable quête et poursuite.

Après avoir conquis les petits lecteurs à travers la francophonie avec Le facteur de l’espace, l’auteur et illustrateur Guillaume Perreault récidive avec Les pilleurs à moteurs, deuxième titre de cette série présentant avec une candeur assumée le quotidien d’un homme solitaire dans un décor de science-fiction. Accompagné de Marcelle, une jeune femme gourmande, curieuse et astucieuse, Bob doit ici laisser tomber quelques habitudes routinières et se laisser porter par plusieurs événements impromptus qui les mèneront à effectuer au total sept arrêts au coeur d’une étonnante galaxie.

Ces arrêts rythment non seulement les aventures des deux postiers, mais assurent aussi une continuité dans la lecture. Faisant office de chapitre, chacune des visites se termine sur une note faite de suspense qui invite à poursuivre l’aventure. L’écriture tout en souplesse de Perreault est d’ailleurs portée par une spontanéité qui donne vie aux dialogues. Les échanges brefs, clairs et concis entre les personnages se doublent de quelques onomatopées qui accentuent l’émotion.

Ainsi, le caractère casanier, impatient mais bon de Bob tranche à côté de la légèreté et de l’insouciance de Marcelle, ou encore du mystère entourant ce cher Yolain, troubadour embarqué sur le pouce. Les fortes personnalités de chacun des personnages s’harmonisent au final dans ce monde loufoque, étrange, mais invitant.

Le sens du détail

Habile conteur, Guillaume Perreault flirte ici avec la science-fiction avec humour et singularité. Les planètes visitées tout comme les personnages rencontrés dans la série plongent le lecteur dans un monde parallèle où cyclopes, robots, homme-citron et autres bestioles étranges côtoient des êtres humains disproportionnés — Bob et Marcelle n’ont, soit dit au passage, ni mains ni pieds — avec naturel et simplicité. Le port du casque dans l’espace ne semble d’ailleurs pas être une exigence pour respirer. Tout comme l’apesanteur n’affecte personne.

Si l’histoire n’est en aucun cas appuyée sur la science, la découverte de l’Autre, les voyages interplanétaires, la présence de plusieurs planètes habitées participent de cette atmosphère futuriste.

L’écriture vive et maîtrisée de Perreault s’allie à un trait tout aussi fin et minutieux. La ligne pure, l’abondance de détails, la variation des plans et des perspectives tout comme le mouvement donnent corps à l’histoire, créent des scènes grouillantes de vie dans lesquelles tout peut arriver.

Présenté dans un format qui rappelle les planches de la bande dessinée, alternant entre la case et la page pleine, Les pilleurs à moteur est en fin de compte un heureux mélange d’action, d’humour, de fantaisie et d’amitié sincère.

Extrait de «Les pilleurs à moteurs»

« — Bon ! Premièrement, il faut savoir où se diriger pour cette livraison. 
— Sur… la planète marchande Baïbaï. 
— Vraiment ? C’est juste à côté. La journée ne sera pas bien complexe, d’après-moi on sera de retour pour la pause café ! […] Ne te fais pas d’idée : facteur, c’est un métier plutôt simple. On livre des lettres et des colis, c’est pas mal tout. 
— Mais on rencontre des gens intéressants !
— Ça arrive, oui…
— Et on visite des tas de planètes différentes, non ?
— On atterrit et on repart aussitôt. Pas de tourisme ici !
— Ah bon… Bob, j’y pense ! Si c’est la seule livraison de la journée, on peut se permettre un petit arrêt ? Je meurs de faim et j’aperçois un marchand de nouilles juste là !
— Nous sommes ici pour le travail, Marcelle ! Tu sais, la poste, c’est… Sapristi ! Ça sent drôlement bon… Peut-être juste un petit bol… ? »

Les pilleurs à moteurs − Le facteur de l’espace, tome 2

★★★★

Guillaume Perreault, La Pastèque, Montréal, 2019, 152 pages