«Ça sent le swing!»: une traversée qui a du swing

Détail d’une illustration tirée de «Ça sent le swing!»
Photo: La bagnole Détail d’une illustration tirée de «Ça sent le swing!»

Ils se sont côtoyés un peu nonchalamment à l’école secondaire. Ils se retrouvent quelques années plus tard grâce au jazz manouche et rassemblent maintenant leurs talents autour du groupe Barnatchok. De petites prestations en grands espoirs, six troubadours amoureux du swing partent sur la route du fleuve à la rencontre de « paires d’oreilles prêtes à écouter, de doigts prêts à claquer et de souliers prêts à swinger ».

Prétexte à mettre en scène les coulisses d’une tournée musicale dans le Bas-du-Fleuve, tout comme à faire connaître la musique manouche, Ça sent le swing !, écrit et illustré par Enzo Lord Mariano — dont on a pu voir le trait notamment dans Y’a pas de place chez nous, album d’Andrée Poulin paru chez Québec Amérique —, plonge le lecteur au coeur d’une franche camaraderie. Tout juste parue dans la collection « Tout-terrain » à La Bagnole, cette bande dessinée offerte sur un ton intimiste invite le lecteur à découvrir l’atmosphère d’une tournée improvisée.

Alternant entre des planches qui témoignent du quotidien des musiciens et la présentation quasi documentaire des différents instruments joués par le groupe, cet ouvrage atypique offre une rencontre impromptue étonnante aussi enrichissante que divertissante. Le lecteur s’embarque avec ces six personnages, parcourt les villages, s’arrête à l’auberge de jeunesse de Tadoussac, traverse le fleuve, s’accroche les pieds à Mont-Louis, admire au passage les aurores boréales, découvre le plancton lumineux, débarque à Gaspé et reprend la route, au bout de laquelle un disque voit le jour.

Faire rayonner l’art

S’insèrent dans cette traversée nombre de références à des artistes porteurs et passeurs de cette musique festive. Pour chaque instrument présenté, Enzo offre quelques suggestions de musiciens à découvrir. Depuis le maître Django Reinhardt jusqu’au mandoliniste Mike Marshall en passant par le guitariste Sébastien Giniaux, la bande dessinée regorge de ce qui ressemble aux coups de coeur du musicien. Une liste de musiques de voyage figure d’ailleurs en fin d’ouvrage, sur laquelle se mêlent joyeusement Tom Waits et Mathieu Désy, Miles Davis et Bratsch.

Tout à la fois auteur, musicien et illustrateur, Enzo Lord Mariano parvient ainsi à livrer un récit aussi rythmé que son jazz et aussi énergisant que sa mandoline. On se laisse porter par le naturel de l’écriture, par le ton à la fois assumé et un brin candide, par l’humilité des personnages et leur bonheur d’être ensemble sur la route. La bande dessinée ne serait toutefois pas aussi fringante sans les illustrations de l’artiste. La souplesse et la polyvalence de son trait nous permettent de découvrir différents instruments dans le détail et la précision, tout comme de ressentir l’atmosphère d’un soir de feu de camp ou encore de s’amuser devant le visage caricaturé des compagnons qui viennent d’avaler une soupe trop salée.

Véritable immersion au coeur de l’art, Ça sent le swing ! est un habile mélange de culture musicale et d’amitié, le tout vécu dans un pays habité par des gens accueillants et unis par ce langage universel qu’est la musique.

Extrait de «Ça sent le swing!»

« Le jazz, c’est comme une conversation. C’est un échange entre plusieurs personnes à propos d’un même sujet […] Chacun son tour, on dit ce qu’on a à dire. On s’écoute, on réagit à ce que l’autre dit… Et tout ça dans un langage musical ! Et évidemment, il peut arriver qu’on se coupe la parole… Pour éviter qu’un jam ressemble à ta sœur de dix ans et ses amies qui placotent toutes en même temps sans s’écouter… Voici quelques petits conseils. 1 – Quand vient ton tour, dis ce que tu as à dire tout en t’inspirant de l’énergie des autres et de ce qu’ils ont dit plus tôt […] C’est une question d’écoute. 2 – Ne t’éloigne pas trop du sujet de la conversation […] Ne prends pas trop de place, reste attentif à l’énergie du groupe […] 3 – Arrange-toi pour être conclusif et passe la parole au voisin. Si t’es pas clair, personne ne prendra le prochain solo et il y aura un drôle de malaise. »

Ça sent le swing! Chroniques d’une tournée improvisée

★★★★

Enzo, Montréal, Éditions de la Bagnole, 2019, 56 pages