«Les terres»: la tête en friche

Des coups de feu qui se muent en mythes. C’est un peu ce à quoi se frotte «Les terres», le second roman de Louis-Nicolas Trépanier.
Photo: Louis-Nicolas Trépanier Des coups de feu qui se muent en mythes. C’est un peu ce à quoi se frotte «Les terres», le second roman de Louis-Nicolas Trépanier.

À qui appartient le territoire ? Qu’est-ce qui lui donne naissance ? Des forêts transformées en champs, en routes, en villages.

Des coups de feu qui se muent en mythes. C’est un peu ce à quoi se frotte Les terres, le second roman de Louis-Nicolas Trépanier, après Azadé (Marchand de feuilles, 2010).

Québécois qui enseigne depuis sept ans au Département de géographie de l’Université de l’Alabama, dans le sud des États-Unis, le narrateur veut comparer les paysages du Bas-Saint-Laurent avec ceux d’autres régions du monde.

Pour ce faire, il loue une maison située derrière le village de Port-Pic, une sorte de Bic travesti, situé à une demi-heure de route de Rimouski : « Je suis prêt à m’y transformer en escargot pour les prochains mois, à baver mon regard sur la campagne environnante jusqu’à ce qu’il puisse s’y déplacer sans la moindre friction. » Tout près de la maison se trouve l’ancienne cabane où vivait il y a cinquante ans Edgar Évanturel, sympathisant du FLQ et « plus grand écrivain de la littérature québécoise » — et dont on ne saura pas grand-chose de plus, sinon qu’il est lui-même auteur d’un roman intitulé Les terres — qui a abattu un policier et est allé croupir en prison.

Une importance symbolique

Le propriétaire a le projet de démolir la cabane, même si le lieu possède une importance symbolique dans l’histoire littéraire québécoise. Étudiante en littérature installée dans la région, Nadine Séférian s’y oppose.

Pour le narrateur, la jeune femme a « la couleur profonde et le parfum subtil d’une rose fanée, ce genre de complexité que recherchent les œnophiles. Si de minces lignes prolongent le dessin de ses yeux, je n’en vois que la finesse ».

Un genre de complexité, justement, peut-être un peu excessif pour les moyens littéraires de Louis-Nicolas Trépanier, qui évoque cette histoire — plus qu’il ne la raconte — dans une langue à la poésie souvent boiteuse.

Un récit faible et surchargé, entrecoupé d’observations et de réflexions en italiques (sur les Indiens Cherokees, sur le paysage ou sur Philippe Aubert de Gaspé), patchwork facile qui laisse une impression de friche ou de fouillis. Mince et maladroit.

Extrait de «Les terres»

« La forêt est l’antithèse du territoire cultivé. C’est à elle qu’on a arraché les terres, c’est elle qui abrite les coyotes et les histoires de bêtes lumineuses. La forêt n’a rien à voir avec la campagne : c’est un territoire exotique, de ceux où l’on monte pour des vacances de chasse, pour aller bûcher ou parce qu’on est vraiment, vraiment perdu. »

Les terres

★★ 1/2

Louis-Nicolas Trépanier, XYZ, Montréal, 2019, 136 pages