«Les cœurs fidèles»: droit aux cœurs

Construit avec douceur et délicatesse, le premier livre de la blogueuse Liza Harkiolakis est rempli d’adieux.
Photo: Julie Artacho Construit avec douceur et délicatesse, le premier livre de la blogueuse Liza Harkiolakis est rempli d’adieux.

C’est l’histoire d’une jeune femme qui part au bout du monde pour se trouver. Qui quitte celui qu’elle aime pour apprendre à mieux s’aimer. Qui revient sur les traces de son enfance pour réaliser à quel point sa mère lui a manqué.

L’histoire d’une jeune femme qui se rend compte que ce qu’elle cherchait était peut-être juste là. Qui apprend que, parfois, pour pouvoir construire quelque chose de fort, il faut d’abord se construire, et se reconstruire, soi.

Construit avec douceur et délicatesse, ce premier livre que l’on devine très personnel, signé par la blogueuse Liza Harkiolakis, est rempli d’adieux. Tout comme de retrouvailles.

Mais si le départ sur un autre continent qui survient en début du roman est important, la destination comme telle semble l’être, dans ces pages, un peu moins. Le Burkina Faso où elle pose momentanément ses valises, et que l’on aimerait découvrir davantage, n’est ainsi pas beaucoup décrit. La narratrice se concentre plutôt sur l’homme de peu de mots qu’elle y rencontre, et qui bouleverse sa vie. Surtout quand elle le retrouve une fois rentrée à la maison.

Roman baigné de nostalgie, de tournures qui font sourire, et coiffé d’une si belle et à propos illustration de Marc Séguin, Les cœurs fidèles aborde avec sensibilité le désir de maternité, le deuil que l’on doit parfois en faire, les peurs qui y sont liées. « Si jamais je suis une mère poche, je vais faire quoi ? »

Parsemé de conversations sous forme de textos et de références musicales qui donnent le ton, soit Trouble de Ray LaMontagne, Wrecking Ball de Bruce Springsteen et de la discographie complète de Damien Rice, Les cœurs fidèles est surtout une ode à l’amitié. À sa force, comme à sa fragilité. Aux efforts constants qu’il faut faire pour ne pas la voir s’effriter. Aux grands moments de joie qu’elle peut nous apporter. Car ce sont les copines qui parviennent ici à faire oublier les désillusions romantiques répétées, à les soigner « avec de l’alcool et des jujubes ».

Les dialogues, grande force de la romancière, sont souvent drôles. Et très réalistes. On se dit momentanément qu’ils le sont peut-être un peu trop lorsqu’elle donne même de la voix à l’opérateur de la remorqueuse que sa protagoniste doit appeler. (« Écoutez, madame, il y a eu deux accrochages depuis le début de la journée et j’ai une dépanneuse en réparation. Essayez d’appeler quelqu’un d’autre si vous voulez, mais moi je peux pas faire mieux. Si vous marchez un peu… ») Ou quand elle décrit la visite de son héroïne au petit coin où elle « fait ce qu’elle a à faire » avant « d’actionner la chasse ».

Mais sinon, on aime. Sa façon de raconter les regrets. Ces « années perdues en engueulades inutiles ». À « ne pas avoir su se comprendre ». Le désir de se faire choisir. De ne pas passer en deuxième, pour une fois. Et la finale, hommage à un être cher parti sans que la réconciliation soit accomplie.

Les cœurs fidèles

★★★

Liza Harkiolakis, Hurtubise, Louiseville, 2019, 320 pages