«Fuck you»: l’amour fou de Daniel Leblanc-Poirier

On aura compris que la violente invective du titre — «Fuck you» — s’adresse sans doute moins à l’amoureuse qu’à tout ce qui entrave leur relation.
Photo: L'Hexagone On aura compris que la violente invective du titre — «Fuck you» — s’adresse sans doute moins à l’amoureuse qu’à tout ce qui entrave leur relation.

Drôle de titre pour un recueil essentiellement composé de poèmes d’amour. Fuck you, que s’intitule le huitième livre de Daniel Leblanc-Poirier, funambule de la métaphore splendidement absurde et tendre provocateur, qui célèbre ici le corps de l’être aimé à l’aide d’images saugrenues, voire forcenées.

Confidence givrée parmi tant d’autres : « je suis seul à lécher un xylophone / je sais j’ai fait le tour de prédire / les crashs de ton sourire / je suis à même la boue de te prendre par la main / et de descendre la rue sainte-catherine / vers l’accord de guitare qui fait que j’existe ».

On aura compris que la violente invective du titre — Fuck you — s’adresse sans doute moins à l’amoureuse qu’à tout ce qui entrave leur relation, à commencer par la peur panique que les blessures d’hier ne cicatrisent jamais et que le joug de la dépendance ne cesse de s’interposer entre elle et lui.

Ne pas complètement embrasser ce qui pourrait le sauver de lui-même et de ses instincts autodestructeurs : telle est la principale folie dont souffre cet abonné aux vertiges des veines, qui crache ses délires dans une série d’emportements digne d’un patient en sevrage tentant de s’accrocher à la réalité.

Le poète d’origine néo-brunswickoise demeure donc, dans ce deuxième tome d’une trilogie amorcée avec 911 en 2017, l’héritier d’un surréalisme punk, qui chérit les resplendissants accidents que provoquent ses vers, mais qui se satisfait aussi à l’occasion de placer côté à côte deux mots n’ayant rien à voir ensemble, juste pour voir ce que ça donne. Quitte à verser dans la grossièreté, dans la puérilité, ou dans le non-sens provoquant la perplexité.

Naïfs, poignants, lubriques et souvent hilarants, les poèmes de Leblanc-Poirier sonnent parfois comme des giclées de larsen, mais élaborent aussi une ode démente aux possibilités du langage, trouées de lumière presque trop aveuglante pour qui croupit depuis aussi longtemps dans la noirceur. Les désirs profonds de l’alter ego du poète sont pourtant modestes. Il ne souhaite que « déposer / un coucher de soleil dans ton haleine ».
 

L’auteur sera au SILQ dimanche.

Fuck you

★★★

Daniel Leblanc- Poirier, L’Hexagone, Montréal, 2019, 64 pages