«Oyana»: comment faire naufrage

De livre en livre, l’auteur Éric Plamondon transpose le même procédé narratif un peu facile.
Photo: Rachel Moschberger De livre en livre, l’auteur Éric Plamondon transpose le même procédé narratif un peu facile.

En mai 2018, l’organisation séparatiste basque ETA annonçait sa dissolution après cinquante ans d’activisme armé. À des milliers de kilomètres, cette nouvelle inattendue sonnait le réveil pour une femme qui a refait sa vie à Montréal, protagoniste du dernier roman d’Éric Plamondon.

Originaire d’un petit village près de Saint-Jean-de-Luz, en France, après 23 ans sous un faux nom tout en étant mariée avec un médecin québécois, elle réalise soudainement qu’elle a passé la moitié de sa vie à se cacher et à mentir. La fin de l’ETA la pousse à prendre la vraie mesure de son exil et à affronter les fantômes du passé.

Mais avant de rentrer en France pour faire face à ses « crimes » et retrouver ses proches, elle décide en quittant en douce son mari de tout lui raconter par écrit, du souvenir d’un cachalot échoué sur la plage aux circonstances de son exil, en passant par sa véritable identité. « Je suis en train de saisir que la violence du passé a été chassée par une autre violence, celle lisse et insidieuse d’un présent sans histoire », lui écrit-elle.

Après un attentat terroriste qui a « très mal tourné » à San Sebastián et dont elle avait été naïvement complice, l’ETA ne lui avait pas laissé le choix : épouser sans réserve la cause terroriste ou s’exiler au Mexique sans jamais revenir en France ou même en Europe. Oyana Etchebaster est devenue Nahia Sanchez.

Pour son 5e roman, on l’aura compris, Éric Plamondon utilise surtout la narration épistolaire au « je », qu’il mêle à des passages à la troisième personne et à la méthode du fragment informatif façon Wikipédia, qui donnait un certain charme — avant tout parce qu’elle faisait sens — à son excellente trilogie « 1984 » (Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S, Le Quartanier, 2011 à 2013). Avec un soupçon d’exotisme qui lui a sans doute permis de récolter le Prix des lecteurs France-Québec, Taqawan (Le Quartanier, 2017) empruntait avec moins de conviction les mêmes chemins.

En une multitude de chapitres très courts, dans une structure sans la moindre symétrie, le roman alterne ainsi entre les confessions d’Oyana — dont le prénom signifie « forêt » en basque, équivalent de notre Sylvie —, une coupure de presse de 1981, des statistiques, des considérations sur les pêcheurs basques ou les sorcières brûlées sous l’Inquisition, le récit au présent du voyage de retour d’Oyana, des déclarations de l’ETA et du roi d’Espagne.

Alors que de livre en livre, Éric Plamondon transpose le même procédé narratif un peu facile, le manque de moyens de l’auteur commence à transparaître. N’ayant peut-être pas la capacité de fabriquer un récit puissant et de donner réellement vie à des personnages, le collage semble être devenu pour lui comme une béquille, un écran de fumée pour masquer ses carences de romancier, que l’on sent évoluer hors de sa zone de confort depuis Taqawan.

Dans un autre registre, l’auteur pressé d’Oyana risque d’être longtemps sans rival dans la course au trophée du plus mauvais sexe en fiction. La page « Adieu » constituant une véritable scène d’anthologie du genre, capable de faire pleurer de rire autant les lecteurs les mieux disposés que les amoureux de la langue française.

Cette histoire peu crédible et mal incarnée, alourdie par les répétitions, un peu de spectaculaire gratuit et pas mal de remplissage, croule sous les défauts. Des défauts que la langue faible et la profondeur limitée d’Éric Plamondon ne peuvent pas racheter. Pour explorer avec art et intelligence les blessures encore à vif du Pays basque, il vaudra mieux — et de loin — fréquenter l’Espagnol Fernando Aramburu et son Patria (Actes Sud, 2018).

En moins de 150 pages, Oyana présente tous les attributs d’un roman bâclé. Ne cherchez pas la tragédie plus loin. Accident de parcours ou nouvelle approche ? On n’aura peut-être pas à attendre longtemps pour le savoir.

Extrait d’«Oyana»

« Oyana raconte qu’après le Mexique elle a refait sa vie au Canada avec un homme. Il est médecin. Quand elle a su pour la fin de l’ETA, il fallait qu’elle revienne. Elle ne pouvait pas faire autrement. Alors à grands traits elle raconte. Un peu comme elle a écrit à Xavier. Ses parents savent l’essentiel. Ce n’était un secret pour personne qu’elle soit partie à cause d’histoires pas très claires en lien avec l’ETA. L’organisation n’existe plus. Ils sont soulagés. Ils n’en reviennent pas de la voir, devant eux, après tant d’années. »

Oyana

★★

Éric Plamondon, Quidam éditeur, Meudon, France, 2019, 152 pages