«La folle enquête de Stieg Larsson»: salut, Stieg!

En marchant dans les pas de Larsson, Stocklassa dresse ainsi le portrait du regretté journaliste, bourreau de travail abonné aux vices du métier.
Photo: Flammarion En marchant dans les pas de Larsson, Stocklassa dresse ainsi le portrait du regretté journaliste, bourreau de travail abonné aux vices du métier.

Le 28 février 1986, le premier ministre suédois Olof Palme est abattu dans les rues de Stockholm. Pourquoi ? Et par qui? Plusieurs pistes ont été soulevées depuis (un tueur toxicomane, une organisation néo-nazie, des assassins à la solde du régime de l’apartheid), mais le crime n’a jamais été résolu. Avant son décès par crise cardiaque le 9 novembre 2004, Stieg Larsson a lui-même tenté d’élucider le mystère. Pour lui, c’était « l’affaire d’une vie ».

Pour Jan Stocklassa, ça ne l’était pas. Pourtant, une fois que ce reporter a obtenu l’accès aux archives secrètes du défunt auteur de Millénium, il s’y est fait aspirer. C’est d’ailleurs après huit années passées à les fouiller, ces archives, qu’il publie ce « roman-documentaire ».

En marchant dans les pas de Larsson, Stocklassa dresse ainsi le portrait du regretté journaliste, bourreau de travail abonné aux vices du métier : le café, les cigarettes et le non-respect des heures de tombée. Sans oublier le combat acharné que Larsson aura mené contre l’extrême droite, la corruption, la xénophobie. Un triste écho avec le monde d’aujourd’hui.

Certes, le lecteur doit rester attentif. Sinon, il risque vite de penser que tous ces protagonistes qui s’appellent Pettersson ne font qu’un et que la Suède est exclusivement peuplée de trois gars nommés Carl, Hans et Lars. Il devra aussi fermer l’œil sur des grossièretés de traduction (exemple : ce resto « greasy spoon » qui devient… une « éponge grasse »).

Reste que le travail de Stocklassa, qui consiste notamment à avoir décrypté des écrits de la CIA, est colossal. Et que ses réelles rencontres ont un côté romanesque : cet ex-agent des services secrets suédois louche exilé en République turque de Chypre du Nord. Cette hackeuse croisée dans un bar sinistre de Prague. Cette actrice qui, comme Henrik Vanger (le vieil homme qui recevait une fleur à chaque année dans le premier tome de Millénium), vit « esseulée avec ses secrets au milieu d’un grand manoir ».

Bref : des espions, des « crinqués » et des pâtisseries suédoises. La recette d’un bon polar. Mais un vrai.

La folle enquête de Stieg Larsson

★★★★

Jan Stocklassa, traduit du suédois par Julien Lapeyre de Cabanes, Flammarion, Paris, 2019, 448 pages