«Le crime de soeur Marie-Hosanna»: la religieuse, le juge et la prostituée

La rencontre improbable de la distinguée religieuse et de la prostituée au langage châtié nourrira un désir partagé d’échapper, pour des raisons aux antipodes, à une existence malheureuse.
Photo: Druide La rencontre improbable de la distinguée religieuse et de la prostituée au langage châtié nourrira un désir partagé d’échapper, pour des raisons aux antipodes, à une existence malheureuse.

1910. Les femmes vivent dans l’ombre de leur mari et ne comptent guère dans les grandes décisions familiales et sociales. Aussi Aristide Martel est-il un homme heureux de la naissance d’un fils pour assurer la lignée. Mais son autorité revêche n’en sera pas pour autant émoussée. Et que ce soit au détriment de sa fille Ophélie pèse bien peu dans la balance de son pouvoir patriarcal.

À la suite d’un tragique événement dont l’éminent juge Martel ne manquera pas d’accabler l’adolescente, il confie sa jeune de 15 ans au cloître des Augustines. Il faut à tout prix, même au prix de gâcher une vie, sauver l’honneur du respecté juge westmontais, dont le jardin secret, par ailleurs, n’est pas jonché de roses. Pas de quartier pour Ophélie qui, en plus d’être « délaissée » par sa mère, prend le voile sous le nom de sœur Marie-Hosanna.

Sauf qu’une jeune fille en pleine quête identitaire, forcée à la religion dévote, ne peut être en odeur de sainteté. Malgré une apparente résignation au sort de silence et de prière qui lui est dévolu, la soif de liberté gronde au cœur d’Ophélie. À l’Hôtel-Dieu où elle est devenue infirmière, l’une de ses patientes, cette Margot amochée par la vie, battue, aiguisera sa compassion. Une amitié naît.

La rencontre improbable de la distinguée religieuse et de la prostituée au langage châtié nourrira un désir partagé d’échapper, pour des raisons aux antipodes, à une existence malheureuse.

Sœur Marie-Hosanna, pardon, Ophélie Delorme — elle aura senti le besoin de changer même son nom de famille —, organisera en secret sa fuite du cloître pour partir avec Margot. Elles aboutiront en Abitibi. Où Ophélie découvrira non seulement l’amour, mais également l’homosexualité de son amie, qui en pince pour la jolie défroquée, et ses manigances secrètes pour la séduire.

Claire Bergeron signe ici son huitième roman, plein de rebondissements, qui rappelle aussi une époque hantée par le pouvoir de la religion et contrôlée par le pouvoir des hommes.

Le crime de soeur Marie-Hosanna

★★★★

Claire Bergeron, Druide, Montréal, 2019, 464 pages

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