«Le lion de Jacob»: déjouer le sort

«Le lion de Jacob» plonge le lecteur dans un univers métaphorique et symbolique, là où texte et images suggèrent plus qu’ils ne disent, transportent plus qu’ils ne dirigent ou, pire, confinent.
Photo: Monsieur Ed «Le lion de Jacob» plonge le lecteur dans un univers métaphorique et symbolique, là où texte et images suggèrent plus qu’ils ne disent, transportent plus qu’ils ne dirigent ou, pire, confinent.

Jacob est coincé dans un lit d’hôpital. Les rêves restent ses seuls amis, ceux avec qui il peut voyager tout en étant assuré de revenir au bercail, sain et sauf. Mais le jour où le médecin lui propose de l’opérer, il craint d’être envoyé quelque part sans possibilité de retour. Grâce à Bami, une infirmière africaine dont les joues sont « ornées de scarifications rituelles », Jacob prend conscience du courage qui se trouve d’abord en lui.

Si cette histoire mettant en scène un petit garçon malade qui devra affronter la peur de mourir peut paraître au départ cliché, remâchée, l’angle emprunté par le défunt auteur américain, Britannique d’adoption, Russell Hoban a tôt fait de nous transporter loin des sentiers battus.

Écrit en 2001, Le lion de Jacob plonge le lecteur dans un univers métaphorique et symbolique, là où texte et images suggèrent plus qu’ils ne disent, transportent plus qu’ils ne dirigent ou, pire, confinent. Alors que les dialogues mettent surtout en scène le réel vécu par Jacob à l’hôpital avec médecins, infirmières et parents, l’image investit quant à elle la part onirique du récit.

Ainsi, toute la quête entreprise par le garçon est menée de l’autre côté du miroir en compagnie d’un lion, double de lui-même, qui lui permettra de trouver la force pour faire face à son destin. Les nombreuses pages sans texte illustrées par Alexis Deacon — Bidou — explorent ainsi le monde de l’inconscient, rendent avec minutie et justesse les profondeurs abyssales de la peur. La rage et la violence des combats sont palpables à travers les coups de pinceau et le trait atmosphérique.

Variant les cadrages, les perspectives et les couleurs, l’illustrateur londonien accorde au récit un dynamisme constant et, par le fait même, une narration chargée d’émotions. Si le thème de la maladie sert d’amorce à l’histoire, il est vite éclipsé au profit de la résilience, mais surtout de ce voyage intemporel mené au bout de soi.

Extrait de «Le lion de Jacob»

« Maintenant, écoute-moi bien, poursuivit Bami. Ce que je vais t’expliquer, ce n’est pas pour les enfants. — D’accord, répondit Jacob. — Tu as toutes sortes de choses dans ta tête, reprit Bami. Tout ce que tu as déjà vu ou déjà pensé, tout est dans ta tête. — Je ne me souviens pas de tout, dit Jacob. – Mais tout est là, assura Bami. Et là-dedans, il y a aussi toutes sortes d’animaux. — J’imagine que oui, dit Jacob. — L’un de ces animaux est le Dénicheur. Peu importe où les docteurs t’enverront, il pourra te retrouver et te ramener, affirma Bami. — Un animal ? Lequel ? s’étonna Jacob. — Ce n’est pas à moi de te le dire, déclara Bami. Tu dois trouver ton dénicheur par toi-même. »

Le lion de Jacob

★★★ 1/2

Russell Hoban et Alexis Deacon, traduit de l’anglais par Valérie Picard, Monsieur Ed, Montréal, 2019, 88 pages