«Inexorable»: c’était écrit dans le ciel

Le lecteur est convié à une sorte de description clinique méthodique d’un cas type, et c’est précisément la façon de raconter tout cela qui séduit.
Photo: Daniel Janin Agence France-Presse Le lecteur est convié à une sorte de description clinique méthodique d’un cas type, et c’est précisément la façon de raconter tout cela qui séduit.

Il y a des destins qui semblent plus prévisibles que d’autres : le fait, par exemple, de voir son père brutalement maîtrisé par des policiers au beau milieu de la nuit, dans son salon, peut laisser des traces chez un enfant. Cet événement est au cœur de l’histoire intimiste — tout comme de la vie du petit Milo — que nous propose ici Claire Favan, qui « travaille dans la finance » tout en publiant coup sur coup, depuis quelques années déjà, des thrillers à succès chez Robert Laffont.

Voilà donc l’histoire du petit Milo violemment traumatisé à l’âge de quatre ans par l’arrestation de son truand de père. Sa mère, Alexandra, sera d’abord aussi sonnée que son fils, refusant de croire que son mari Victor est un braqueur de banque. Mais la réalité tout comme le comportement désormais violent de son fils la forceront à accepter sa nouvelle situation. Alexandra fera tout ce qu’il est possible de faire pour atténuer la colère et la rage qui rongent son enfant de l’intérieur en en faisant peu à peu un paria.

Après quelques années de ce régime, voilà que Victor recouvre la liberté et promet à sa petite famille de changer : son fils recommence alors à vivre une vie normale et Alexandra se met, elle aussi, à y croire. Malheureusement, ça ne dure pas : Victor recommence à braquer des banques et il est bientôt piégé. Tout s’écroule pour Milo, qui se remet à éprouver des colères violentes et devient bientôt, avec les années qui passent, une petite frappe insupportable malgré les efforts de sa mère qui aura consacré sa vie à tenter de le sauver.

La situation sera portée au paroxysme lorsque la police retrouvera les cadavres de deux jeunes filles que Milo connaissait. Il sera vite soupçonné de meurtre, mais un troisième assassinat, identique aux deux premiers, survient alors qu’il était en détention préventive et il est relâché. On ne vous dira rien de la conclusion de l’histoire, mais vous pourriez presque la deviner…

Impersonnelle et froide

Il y a évidemment un côté roman-photo en noir et blanc à cette histoire qui donne souvent, disons-le, dans le cliché : les mauvaises influences, le dévouement incessant de la mère, les scènes de colère envahissante, la déchéance annoncée… C’est pourtant l’écriture de ce quasi-mélodrame qui rend l’aventure fascinante. Dans les faits, le lecteur est convié à une sorte de description clinique méthodique d’un cas type, et c’est précisément la façon de raconter tout cela qui séduit.

Claire Favan nous hypnotise presque avec son ton d’observateur extérieur qui aurait eu un accès privé au dossier d’enquête de la police. En utilisant cette tonalité à la fois intimiste et clinique tout à fait impersonnelle et froide, elle réussit à nous faire sentir la détresse profonde de la mère, qui est le véritable personnage central du roman. Et oui, bien sûr, le destin d’Alexandra et de Milo était écrit dans le ciel…

Extrait de «Inexorable»

« On l’a persuadée que son fils était un monstre. Et elle ne se pardonnera jamais d’avoir cru aveuglément tout ce qu’on lui a raconté sur lui. Pendant des années, elle a accepté la honte, l’apitoiement, la violence et le désespoir causés par leurs sentences, leurs condamnations et leur manque de remise en question.

À quel moment a-t-elle eu droit aux plaisirs et aux joies d’être maman ? Jamais ! Elle a passé trop de temps à reprendre son fils, à tenter de le remodeler et à le punir. Est-ce normal que les échecs du système vous privent à ce point de ce qui est naturel et inné ?

Maintenant, elle fait preuve d’une mauvaise foi à toute épreuve et parvient toujours à lui trouver des excuses et à expliquer ses actes, même les plus discutables. Il n’a pas de plus fervente défenseuse. L’administration ne lui a pas laissé d’autre choix que cette dérobade pour survivre. »

 

Inexorable

★★★

Claire Favan, coll. « La Bête noire », Robert Laffont, Paris, 2018, 384 pages