«Woodstock Live»: 50 ans plus tard

Janis Joplin livrait à ce «happening» une prestation puissante.
Photo: Henry Diltz Janis Joplin livrait à ce «happening» une prestation puissante.

Tout cela a débuté le vendredi 15 août 1969, peu après 17 h. Le musicien folk Richie Havens monte alors sur scène, à la tête d’un trio chargé d’ouvrir, en formule acoustique, le festival Woodstock Music Art Fair. Devant lui, la marée humaine s’étend à perte de vue sur le terrain de la ferme laitière louée par les organisateurs dans le village de Bethel, dans l’État de New York.

« Vous pouviez voir tous ces gens, assis, qui se lèvent quand quelqu’un arrive au micro. Je sentais que c’était quelque chose de vraiment exceptionnel, affirmait feu Richie Havens au Devoir à l’occasion du 40e anniversaire de l’événement, en 2009. C’était quelque chose que ma génération avait toujours voulu faire. Ils voulaient raconter leur histoire et sentir qu’ils existaient. Je me suis dit : ils ne peuvent plus nous cacher désormais. »

Au moment de lancer ce festival, qui se terminera le lundi suivant par une prestation matinale de Jimi Hendrix, déjà plus de 200 000 personnes ont réussi à gagner le site de Woodstock malgré les embouteillages monstres. Et la foule continue d’affluer, au point d’atteindre les 500 000 festivaliers, un nombre absolument surréaliste pour l’organisation somme toute très bancale de l’événement, qui déclara d’ailleurs le festival « gratuit » dès les premières heures.

Récit détaillé

Entre la guitare acoustique de Richie Havens (et son Freedom devenu mythique) et le Voodoo Child explosif de Jimi Hendrix, les prestations devenues mythiques sont très nombreuses, et le livre Woodstock Live « jour par jour, heure par heure, artiste par artiste », nous en offre la nomenclature complète, appuyée par une pléthore de photos connues et méconnues.

On y découvre ou on y revoit Santana, groupe « révélation » du festival, qui offre, en plein samedi après-midi, une prestation digne du collectif d’aventureux musicaux qu’il était alors. Pour s’en convaincre musicalement, il suffit de mettre la main sur l’enregistrement complet des 45 minutes du spectacle, disponible dans la série « The Woodstock Experience ».

Petit bijou pour le fan du festival que cette série, parue autour de 2009, et qui permet de découvrir les versions intégrales de diverses prestations, dont le blues nocturne de Johnny Winter, le groove sous acide de Sly and the Family Stone ou encore la prestation pieds nus, mais ô combien puissante, d’une Janis Joplin pourtant montée sur scène péniblement, sous l’effet des abus qui allaient avoir raison d’elle un peu plus d’une année plus tard.

On la revoit dans le livre, dans la nuit de Woodstock, elle qui entama son spectacle à 2 h du matin en raison des nombreux retards qui s’accumulent. À 5 h du matin, ce sera au tour des Who d’exploser, avant de conclure sur un dimanche matin naissant, suivi des Jefferson Airplane… à 8 h.

Alors que 2019 devrait, sans surprise, être l’occasion d’une multiplication de rééditions, éditions souvenirs et autres produits dérivés du vieux rêve hippie maintes fois remis en marché, cet ouvrage pourrait surtout être une belle occasion, pour une nouvelle génération, de découvrir le récit de l’événement. Une belle porte d’entrée pour s’intéresser plus à fond à la musique offerte sur la scène du festival, amalgame à la fois très organique et en partie improvisé, toujours d’une grande richesse, 50 ans plus tard.

Woodstock Live

★★★ 1/2

Julien Bitoun, Gründ, Paris, 2018, 240 pages